Idées reçues sur Compostelle

 

                                    Les idées reçues concernant le pèlerinage de Compostelle

 

A) L’idée du pèlerinage

 

―    Qu’est-ce qu’un pèlerinage ?

 

Si l’on pose cette question à quelqu’un, il y a de fortes chances pour qu’il vous réponde :

 

―   « Le pèlerinage, c’est partir dans un but de pénitence, de conversion et de recherche spirituelle. »

 

C’est aussi peut-être ce que vous pensez.

Pourtant ce n’est pas toujours le cas, loin de là.

Dans le judaïsme, on se promet d’aller « l’an prochain à Jérusalem ».

Le pèlerinage à la Mecque une fois dans sa vie est l’un des piliers de l’Islam.

Pour les chrétiens, le pèlerinage n’est pas une obligation, mais une source de grâces.

D’autre part le pèlerinage n’est pas la seule source de vénération. Divers lieux saints accueillent les pèlerins catholiques venus prier, se recueillir et recevoir des sacrements.

De nos jours, ce mot, pèlerinage, semble seulement dévolu à une démarche spirituelle. Or, il peut recouvrir des réalités bien différentes selon que l’on est croyants ou non et selon les époques.

Certes, il y a une dimension spirituelle dans le pèlerinage, mais au Moyen Âge, époque on ne peut plus croyante et pratiquante, il existe une vénération naïve et encore plus importante aux reliques qui dans certains cas confine à la superstition voire à la pensée magique la plus archaïque.

On croit aux fées, bommes ou mauvaises, on prête des vertus surnaturelles aux dépouilles mortelles d’hommes ou de femmes dont l’irréprochable vertu, la charité, les « miracles » étaient de notoriété publique.

À cette époque les procédures de canonisation ne sont pas comme aujourd’hui une prérogative de la papauté. Les évêques ont tout pouvoir de faire rendre un culte à un personnage dont les vertus et la sainteté ont été reconnues localement. Le corps n’est pas le seul sujet de la vénération, il y a aussi tous les objets ayant appartenu au défunt. Et là, l’inventaire est très impressionnant. Je citerais pour exemples : les clous de la Croix tellement nombreux en Europe que l’on pourrait construire une grange. Il ya des petites fioles censées contenir du lait de la Vierge, des morceaux de bois de la Croix en quantité impressionnante, etc., etc……

À quoi servent ces reliques ?

Plusieurs réponses s’offrent à nous.

L’esprit moderne qui considéré que la religion est une affaire personnelle a tendance à comprendre le phénomène du seul point de vue psychologique. Mais l’aspect psychologique n’est pas premier dans l’histoire des religions.

L’existence des reliques répond d’abord à un besoin collectif d’identité et de sécurité.

La possession et le culte de tout objet symbolique et sacré soudent le groupe d’un point de vue religieux et les préservent des menaces extérieures.

L’individu autant que le groupe ressent le besoin profond de maîtriser son destin et les menaces qu’il sent confusément peser sur lui. Et Dieu sait, si au Moyen Âge elles sont nombreuses ces menaces : crise majeure, épidémie, guerre.

Face à cette vénération, la société se divise en trois groupes :

1)      Ceux qui encouragent ce culte tout simplement par cupidité.

2)      Ceux qui le tolère, voire l’encourage, dans la pensée qu’il faut garder prise sur la religiosité populaire en essayant, de la canaliser vers des formes de vie religieuse plus évoluées.

3)      Ceux qui considèrent qu’il faut combattre la superstition sans complaisance et sans hésiter à détruire les objets de la vénération populaire.

Le culte des reliques entraîne une pléthore de culte des reliques donc de pèlerinages.

Le pèlerinage de Compostelle au Moyen Âge s’inscrit dans cet esprit. On est donc très loin de l’esprit du pèlerinage actuel.

Beaucoup sont ceux qui s’imaginent des foules de pèlerins médiévaux se rendant au tombeau de saint Jacques. Or, ces foules pèlerines appartiennent à l’imaginaire populaire.

Les pèlerins de Compostelle ont été peu nombreux au Moyen Âge, sauf en des moments exceptionnels.

L’existence du culte des reliques fait que le sanctuaire de Galice n’est pas, et, très loin, le seul lieu de pèlerinage. Si l’on prend la ville de Tours, considérait comme point de départ de la voie Turonensis (la voie de Tours), il ne faut pas perdre de vue que la ville de Tours, elle-même est aussi et surtout, un but de pèlerinage avec les reliques de saint Martin auquel on fait appel pour être protégé contre toutes sortes de maladies exanthématiques telles que la rougeole, la variole et la varicelle.

Chaque église, chaque ville, chaque abbaye veulent ses reliques pour attirer les pèlerins avec en arrière pensées des motifs qui ne sont pas en adéquation avec la religion.

 

Au Moyen Âge Compostelle est donc un lieu de pèlerinage comme beaucoup d’autres à ceci près qu’il est éloigné. C’est donc pas une mince entreprise, elle demande de pouvoir s’absenter pendant au moins trois mois, une certaine aisance financière, des préparatifs (religieux et civils) qui montrent bien la complexité d’un tel voyage dont on n’est pas sur de revenir vivant.

D’ailleurs, ce pèlerinage est instauré au XIe siècle, mais ce n’est qu’au XVe siècle qu’il devient l’un des trois grands pèlerinages de la chrétienté, avec ceux de Rome et de Jérusalem.

Récemment, l’interprétation du sanctuaire catholique a subi une évolution doctrinale : le mot « tombeau » a disparu des discours des deux derniers papes. Jean-Paul II parlant du « mémorial de saint Jacques », sans utiliser le mot « relique » et Benoit XVI disant simplement que la cathédrale de Compostelle « est liée à la mémoire de saint Jacques ».

 

                                                                              ?  

 
 

 

B)  L’idée des « quatre voies de Compostelle »

 

               Comme nous venons de le voir, les chemins de pèlerinage médiévaux furent très nombreux et épars. Alors d’où vient cette idée des « quatre chemins » ou « quatre voies » vers Compostelle ?

Elle vient d’un ouvrage du XIIe siècle connu aujourd’hui sous le nom de « guide des pèlerins » écrit en latin par un moine poitevin du nom d’Aimery Picaud. La publication de cet ouvrage en français date de 1938 par Jeanne Vieillard.

Autant dire qu’il fut inconnu au Moyen Âge de la très grande majorité des gens pour deux raisons, la première est que peu nombreuses étaient les personnes qui savaient lire et d’autre part en latin. Pourtant, on place ce « guide » comme l’ancêtre des topoguides actuel, invitant à penser qu’il aurait pu servir de guide aux pèlerins médiévaux.

Ces « quatre routes » qu’il mentionne n’ont sans doute pas été plus fréquentées que les autres. Les pèlerins devaient prendre les grands axes de communication, au long desquels on pouvait trouver des structures hospitalières, une protection, et éventuellement des moyens de locomotion.

Il semble établit, quand fait chacun traçait son propre chemin, l’un allant tout droit, l’autre changeant de route selon ses besoins ou son humeur.

C’est pourtant sur cet ouvrage que se sont appuyés ceux qui ont tracé les chemins empruntés actuellement par les pèlerins.

Dans les années 70, la redonnée se développe. Mai 1968 est passé par là : le retour à la nature et à la lenteur est dans l’air du temps. C’est après 1970 que les chemins actuels seront tracés et balisés pour les randonneurs à l’initiative du CNSGR (Comité national des sentiers de grandes randonnées, devenu la FFRP [Fédération française de la randonnée pédestre].

Oui, mais il y avait des coquilles, ce sont donc bien des indices qui indique le chemin de Compostelle.

Oui et non, car les signes Jacquaires étaient relativement nombreux sur tout le territoire en raison des multiples cultes médiévaux voués à saint Jacques, ainsi qu’aux autres saints, comme nous l’avons évoqué précédemment.

 

Quoi qu’il en soit et quel que soit le motif, un pèlerinage est toujours un déplacement, à partir de chez soi, une démarche volontaire pour un motif qui tient à cœur afin de prendre de la distance avec le quotidien. Le pèlerinage ne s’arrête pas uniquement à la dimension spirituelle comme beaucoup de gens le pensent. Il y a dans le pèlerinage d’autres, même au Moyen Âge, dimensions que l’on qualifie aujourd’hui de culturelles et touristiques.

C’est une aventure avec un grand « A » dont on ne se rend pas compte de nos jours, tant nous sommes habitués à voyager très vite te très loin.

Que veut dire aujourd’hui voyager au rythme de ses pas ?

Rien ou pas grand-chose pour la majorité des gens.

                                                                                                                                                                  © JOËL MEYNIEL 2015