L'ARCHERIE TRADITIONNELLE

Présentation sommaire

Le tir Beursault est une manière traditionnelle de pratiquer le tir à l’arc dans un lieu spécifique nommé «jeu d’arc». Cette coutume est essentiellement présente dans les régions Picardie et Île-de-France mais elle est diversement pratiquée au-delà de ces frontières régionales, avec ou sans jeu d’arc. Son origine exacte est difficile à préciser. Comme de nombreux jeux traditionnels, une parenté indéniable avec les pratiques populaires du Moyen Âge peut être supposée.

Il s’agissait de la discipline majoritairement pratiquée au sein de la Fédération des Compagnies d’arc de l’Île-de-France de sa création en 1899, organisme qui devint en 1911 la Fédération des Compagnies d’Arc de France avant de prendre le nom, en 1928, de Fédération Française de Tir à l’arc.

Pratiqué sur un terrain spécifique nommé «jeu d’arc», «jardin d’arc» mais aussi «Beursault» qui lui donne son nom, le tir Beursault est une discipline régie par des règles d’honneur et de courtoisie dont la codification a trait à la bienséance tout autant qu’à la sécurité. Le cérémonial observé dans l’enceinte du jeu s’inspire de symboles proches de la liturgie catholique, une Tradition à laquelle sont initiés les Chevaliers d’arc, garants du bon fonctionnement de la Compagnie d’arc.

Fortement concurrencé par la multiplication des loisirs sportifs, le tir à l’arc traditionnel se trouve parfois marginalisé. Sur 73000 licenciés auprès de la Fédération Française de Tir à l’arc il compte aujourd’hui plusieurs milliers de pratiquants (20000 selon certaines sources), difficilement quantifiables. Il connaît actuellement un nouveau souffle lié à la recréation de compagnies traditionnelles qui cohabitent bien souvent avec les clubs sportifs de tir à l’arc.

 

I. IDENTIFICATION

Nom

Le «tir Beursault» est aussi appelé de nos jours «Beursault», «jeu Beursault» ou encore «noble jeu de l'arc».

             

 

Ce tir traditionnel est pratiqué par les archers français (on compte aussi au moins une compagnie en Belgique), membres de la Fédération Française de Tir à l'Arc (FFTA)dont la grande majorité est membre de compagnies d'arc. A la différence des clubs de tir à l’arc, les compagnies ont pour objectif et pour loisir de faire perdurer leurs traditions, leurs pratiques et les valeurs qui y sont affiliées. La tradition du tir Beursault est reconnue par la FFTA et par les ligues régionales de tir à l’arc.

Comme dans d’autres sports et traditions populaires, tous les milieux sociaux y sont aujourd’hui représentés, sans exclusive ni représentativité particulière de certains milieux ou de certaines professions.

Localisation

Ce jeu est aujourd'hui essentiellement pratiqué dans les compagnies d'arc d’Île-de-France et de Picardie. Ces zones régionales sont appelées «rondes» (ou nommées «familles» en Île-de-France) par les archers, et elles sont elles-mêmes subdivisées en de nouvelles «familles» (ou «rondes» pour l’Île-de-France). L'ensemble de ces groupes, dont la terminologie varie selon les régions, fédère les compagnies dans des cercles de sociabilité de différentes échelles. Pour autant, tous se réfèrent à une origine commune.

 

La pratique en elle-même se déroule dans un «jardin d'arc» comportant un ou plusieurs «jeux d'arc»,dits aussi «jeux Beursault». Par mesures de sécurité, les jeux d’arcs sont bien souvent situés en périphérie des villes. Avec l’expansion urbaine, certains d’entre eux, plus anciens, se trouvent aujourd’hui englobés dans l’agglomération et intégrés aux infrastructures sportives des villes villes à l’exemple de plusieurs jeux parisiens.

Les contraintes sécuritaires ont obligé les archers à équiper leur structure de « gardes gardes gardes » de grandes planches verticale en bois - pour pour éviter que les flèches «éviter que les flèches « perdues» n'aillent blesser un tiers.

Selon la carte d’implantation des compagnies d’arc, voir carte ci-dessus, le tir Beursault est pratiqué, par plusieurs compagnies hors du périmètre régional. Il s’agit souvent de plusieurs compagnies définies tout d’abord par des archers initialement venus de Picardie ou d’Île-de-France. C’est également le cas de quelques rares compagnies en Belgique, fondées par des français en Belgique, fondées par des français expatriés.  La création d’une compagnie d’arc est un processus relativement et se fait par parrainage: chaque compagnie est donc historiquement liée à une autre. Par ailleurs, des variantes similaires de ce type tir traditionnel ont existé dans plusieurs pays d'Europe et arabes, sans qu 'une persistance contemporaine contemporaine nous soit connue . En France, les pratiquants du tir à l’arc sur perche, jeu populaire dans le Nord et surtout en Flandre, ont certaines coutumes en commun avec la tradition de tir Beursault: présence de compagnies, « logis d’arc » comme lieu fédérateur pour une compagnie, tradition de compagnie, tradition des tirs du roi chaque année.

Le tir Beursault consiste pour les archers à tirer dans un « jeu d'arc jeu d'arc (ou « jardin d'arc ») équipé de deux « buttes buttes de tir» : l« la butte d'attaque » et la « butte maîtresse ». Ces deux repères de tir sont éloignés de manière à pratiquer le tir réglementaire à une distance de 50 mètres. Les deux buttes sont équipées d’une ciblerie car on tire par « halte », c’est -à-dire un aller-retour. Le jeu d’arc se compose de trois allées: l’allée centrale, dite «allée du roi », ne peut être empruntée que lors de très rares occasions et dans des conditions précises, sous peine de faillir aux règles du tir.

Sur chaque butte se trouve une « carte Beursault, cible particulière n'ayant que peu évolué dans l'histoire. Cette carte, qui possède une signification symbolique, est uniquement utilisée dans le tir Beursault et ne se trouve dans aucune autre tradition tradition tradition de tir à l'arc.

Lors de sa première flèche, le premier archer du peloton se positionne sur le pas tir depuis la butte maîtresse et face à la butte d'attaque, une distance de 50 mètres. Après avoir salué les autres archers présents: « : « Mesdames Messieurs, je vous salue », il arme et tire une flèche.

Lorsque tous les archers ont tiré (après avoir salué présents), ils se rendent par une allée parallèle dite «allée des chevaliers» jusqu'à la butte d'attaque. Ils récupèrent leurs flèches, se positionnent l'un après l'autre dans le même ordre à 50 mètres face à la butte maîtresse et tirent la même flèche.

Ils ont alors tiré «alors tiré » «une halte » (un aller-retour), c’est -à-dire deux flèches au total. Le tir Beursault se pratique seul, ou à plusieurs archers, en un nombre fixé l'avance de haltes ou de points gagnants. Il existe plusieurs jeux possibles :

soit un duel (individuel ou par équipe) en douze points gagnants appelé «rognette». ». Selon cette règle, la flèche la plus proche du centre de la carte marque le point (les flèches à l’intérieur de la carte sont appelées honneurs »).

soit un tir en vingt haltes appelé « prix particulier » ou « petit prix » (classement aux honneurs et aux points)

soit un tir en trente haltes appelé «prix général » (classement au meilleur noir seules les flèches proches du centre sont retenues les flèches proches du centre sont retenues de 0 à 20mm et mesurées au centième de millimètre).

Chaque jeu possède ses propres règles, octroyant au gagnant une récompense (bien souvent une récompense ((bien souvent alimentaire) taire)

Des tirs spéciaux dits aussi « de tradition de tradition» sont organisés:

  • La Saint -Sébastien (20 /01) en l’honneur du patron des archers en l’honneur du patron des archers en l’honneur du patron des archers en l’honneur du patron des archers.

  • L’abat-l’oiseau qui désigne chaque l’oiseau qui désigne chaque le Roi de la compagnie.

  • L’anniversaire de la compagnie.

  • Rencontres entre compagnies appelées « Parties de jardin ».

  • Mariage ou décès d’un membre de la compagnie…

Lors ces tirs, la carte est spécialement décorée, offerte ou conservée en souvenir.

Quel que soit le jeu pratiqué, un rituel strict est observé avant, pendant et après le tir, tant pour garantir la sécurité au sein du « jeu d'arc» que pour faire perdurer les traditions. Ainsi, avant de décocher sa première flèche, l'archer doit crier " Mesdames et Messieurs, je vous salue" et les autres archers présent répondent "salut".

Le tireur applique dans cette occasion une règle de courtoisie mais également signale son tir afin que nul ne demeure dans l’axe de la flèche.

Le tir Beursault se pratique toute l’année, celle-ci étant marquée par des temps fédérateurs propres à la compagnie ou à la ronde (ou famille) à laquelle celle-ci appartient.Les tirs traditionnels et parties de jardin sont souvent accompagnés d’un repas convivial.

Autre tir spécial,celui qui suit le « Bouquet Provincial ». Le bouquet provincial, fête traditionnelle de l’archerie Beursault.

                                  

                                     Le Bouquet Provincial.

 

Présentation sommaire

Le bouquet provincial est une tradition très ancrée en Picardie, en Île-de-France et en Champagne. Il s’agit à la fois d’une fête très populaire mais aussi d’une saison de compétition à laquelle les ligues de tir à l’arc sont obligées de participer afin d’intégrer le Championnat de France de tir Beursault,reconnu par la Fédération Française de Tir à l’Arc (FFTA).

La fête en elle-même a généralement lieu un dimanche du mois de mai, en extérieur: tous les habitants et commerçants y participent, notamment en décorant les rues, les maisons et les monuments de la ville. Cette célébration se poursuit donc par un concours de tir organisé par la compagnie d’arc qui reçoit toutes les fins de semaine les autres compagnies participantes dans son «jeu d’arc», où se trouvent deux cibles à 50 mètres l’une de l‘autre, l’archer tirant une flèche alternativement sur l’une puis sur l’autre cible.

 

Le «Bouquet provincial» s’entend également parfois comme «Prix général», ce terme étant attesté dès le XVIIIe siècle. Dans une conversation orale entre archers, le simple mot «bouquet» est souvent employé(«aller défiler au bouquet», «le tir du bouquet», ...). La formule est d’ailleurs en soi polysémique: «le bouquet»désigne le jour de fête, la saison de compétition qui s’étend sur quatre à cinq mois,mais il peut parfois être employé pour nommer l’objet servant de récompense (sculpture en bois dite aussi «chef d’œuvre» ou Vase de Sèvres offert par le Président de la République).

 

La communauté qui organise et perpétue les "bouquets provinciaux" est essentiellement constituée de celle des compagnies d'arc, archers et chevaliers, également rejoints aujourd’hui par des clubs de tir à l'arc qui souhaitent participer au Championnat de France Beursault. Cette fête traditionnelle très intimement liée à la pratique du tir Beursault est aussi épaulée et soutenue par la Fédération Française de Tir à l'Arc (FFTA), qui gère administrativement cette pratique sportive, et fixe le calendrier annuel des compétitions; les informations sur les événements liés à ce jeu populaire se retrouvent sur le journal L’Archer français, exclusivement dédié à cette tradition.

 

En plus des archers, les populations locales de Picardie et d’Île-de-France ont pour la plupart des souvenirs forts liés aux fêtes de bouquet, lorsque leur ville en fut l’organisatrice, notamment parce qu’il est de tradition d’accueillir les compagnies participantes en décorant les rues de la ville où leur défilé passera.

Les "bouquets provinciaux" sont organisés, chaque année, dans une ville différente sur le territoire où les traditions du "noble jeu de l'arc" sont encore particulièrement présentes, à savoir en Picardie ou en Île-de-France. A titre d'exemple, les cinq dernières villes ayant accueilli un bouquet provincial sont : Ermont (2010), Choisy-au-Bac (2011), La Croix-Saint-Ouen (2012), Compiègne (2013), Paris (2014). Les prochaines villes organisatrices seraient: Provins (2015), Soissons (2016), sans compter les nombreux candidats que le projet a révélés pour les années suivantes.

Les bouquets provinciaux étaient à l’origine –sous l’Ancien Régime –organisés au sein d’une ronde(appelée aussi «famille» en Île-de-France), c’est-à-dire le regroupement d’une trentaine de compagnies d’arc géographiquement voisines. Le principe était que chacune puisse se rendre à la fête en moins d’une journée de marche. Ces concours servaient alors à la fois d’entraînement et de lien fraternel grâce à une émulation entre compagnies. C’est ainsi que chaque «province» se trouvait chargée d’organiser la fête du bouquet et de transmettre, comme symbole d’entente, un vase à la prochaine compagnie organisatrice. Cela explique également l’existence de plusieurs bouquets la même année.

Cette forme d’organisation de la manifestation a perduré bien au-delà de la Révolution, tout en conservant l’emploi des termes anciens:jusqu’en 1999, plusieurs «bouquets» ont été organisés chaque année dans une «province» différente, bien que la tendance forte soit à organiser un seul bouquet par an pour des raisons essentiellement d’ordre économique.

A votre connaissance, l’élément est-il pratiqué d’une manière similaire en France et/ou à l’étranger? Si oui, précisez à quel endroit et/ou dans quel pays?

S'ils n'étaient pas appelés «bouquets provinciaux», plusieurs documents montrent que des manifestations similaires ont existé sur d'autres territoires que la France, notamment en Belgique, aux Pays-Bas, en Croatie ou encore en Allemagne.

De nos jours, plus aucune manifestation de ce genre n'existe à notre connaissance en dehors de la France.

Les bouquets provinciaux remontent au moins à la fin du XIVe siècle, comme l’atteste un document daté de 1398, indiquant qu’un«Grand Prix Provincial» est organisé à Bapaume (Pas-de-Calais).Autrefois, ces événements étaient organisés au sein d'une province, par une compagnie qui invitait toutes les autres compagnies d'arc de cette même province. Généralement, la ville qui remportait le «Grand Prix» (meilleure flèche) du bouquet devait organiser dans les années qui suivaient un nouveau bouquet.

De nos jours, la fête du bouquet provincial est organisée par une compagnie d'arc qui se porte volontaire auprès de la Fédération Française de Tir à l'Arc (FFTA). Le Président de cette dernière étudie les volontariats et retient chaque année la compagnie qui organisera le bouquet.Bien entendu, une compagnie d’arc ne peut réussir pleinement son entreprise sans l’implication de la collectivité locale, des associations et de la population.

Si entre les XIVe et XVIIIe siècles la fête avait lieu sur plusieurs jours continus (3 à 10 jours), depuis le XIXe siècle la grande fête se déroule désormais sur une seule journée, un dimanche, et les archers se disputent ensuite le"Prix Provincial" les samedis, dimanches et jours fériés suivants, durant 3 à 4 mois selon un calendrier fixé en avance, déterminé parle nombre de pelotons (petit groupe d’archers)inscrits.

Le défilé du bouquet provincial n’est pas sans rappeler les parades militaires de l’Ancien Régime et le concours, les tournois qui permettaient aux guerriers de s’entraîner et de se mesurer les uns aux autres dans les temps de paix. Il en résulte aujourd’hui une organisation spécifique et un déroulement bien codifié.

Le jour de la parade, les compagnies doivent tout d’abord présenter leur drapeau afin de retirer un numéro d’ordre dans le défilé.Cette présentation se fait au son du tambour de la compagnie accueillante.Ce numéro a son importance car il permet de départager d’éventuelles égalités lors des tirs. Le porte-drapeau confirme également le jour où le peloton viendra tirer pour le prix (depuis peu, cette information est gérée à l’avance sur un bulletin d’inscription numérique). Les trois premiers numéros reviennent: 1) à la compagnie qui offre le bouquet, 2) à celle qui le présente, 3) à celle qui le recevra.Ces dernières années, les bouquets ont réuni près de 300 compagnies d’arc et sociétés de tir à l’arc (302 à Compiègne en 2013, 271 à Paris en 2014), soit près de 3 000 archers.

En tête de la procession, des jeunes filles en blanc portent le vase du bouquet qui se transmet de la compagnie organisatrice l’année passée à la compagnie de l’année (au XIXe siècle des œuvres sculptées par des compagnons membres de la compagnie appelés «chefs d’œuvre»; aujourd'hui des bouquets dans des vases de porcelaine peinte. Sont également portés le vase de Sèvre offert par la Présidence de la République qui sera remis à l’archer vainqueur de la compétition dans la catégorie arc classique tandis qu’une statue de Saint-Sébastien, patron des archers, revient à la meilleure flèche dans la catégorie arc droit.

Les compagnies défilent derrière leur drapeau sur deux rangs, les rois (ayant abattu l’oiseau lors de l’«abat-oiseau» annuel),les «empereurs» (ayant été rois trois années de suite), les capitaines et connétables de compagnie portant leurs écharpes. Suivent ensuite les chevaliers et les archers. Chaque compagnie a sa propre tenue, tous les choix esthétiques étant possibles. La participation de ces archers lors du défilé du bouquet est indispensable pour confirmer l’inscription donnant le droit à une compagnie de participer à la compétition du bouquet, et même, pour certaines ligues, le droit de concourir au championnat de France Beursault.

Le défilé, rehaussé de groupes de musique, se termine par un discours convenu d’une jeune fille de la compagnie ayant accueilli le bouquet l’année précédente, afin qu’elle rappelle les «valeurs» véhiculées par cette fête et qu’elle remette ensuite le vase du bouquet à la compagnie organisant la manifestation.Le défilé se termine par une messe célébrée en l’honneur des archers, à laquelle le porte-drapeau de chaque compagnie doit également impérativement assister.

Le défilé, qui se déroule dans la mesure du possible au cœur de la ville sur un parcours d’environ trois kilomètres, constitue la partie publique principale de la fête. Les habitants sont invités à décorer leurs maisons, leurs vitrines, leurs rues, avec des fleurs en papier, on bâtissait parfois dans les rues des arcs de triomphe recouverts de fleurs sous lesquels passaient les archers. Ces décorations étaient une manière de saluer les archers et d’affirmer la fierté de la ville d’accueillir le «bouquet». La préparation des fleurs en papier, tradition toujours vivante, donne l’occasion à une partie de la population de se retrouver dans des soirées conviviales (adultes, enfants des écoles, anciens et toutes les associations de la ville).

Après la messe suivent en général, restauration et animations réservées aux archers (ce qui représente plusieurs centaines de personnes). C’est notamment le moment de se retrouver pour le vin d’honneur près du jeu d’arc de la compagnie, où se déroulent, le "tir aux assiettes" (tir où des assiettes décorées éditées par les organisateurs sont à gagner et la"partie de vin de jardin" (tir amical entre la compagnie organisatrice et une autre compagnie désignée).

Le «Grand Prix» se tire dans un jeu traditionnel dit "Beursault", sur une "carte"(cible)décorée,particulière et propre aux bouquets provinciaux. Chaque compagnie inscrite envoie son/ses peloton(s) d’archers à la date convenue. Chaque archer tire sa flèche en aller-retour (halte)sur les deux cibles. Près de 1500 archers participent ainsi durant quatre mois à la compétition, à charge pour la compagnie organisatrice d’assurer le bon déroulement de la compétition: accueil des archers, la permanence des arbitres, marquage des points et classement dans les différentes catégories.

Autrefois, le gagnant de ce Prix (celui réalisant la flèche la plus près du centre de la carte) était sacré "Grand-Maître" par ses pairs et recevait un Grand Prix constitué, entre autres,de vaisselle onéreuse. De nos jours, les archers faisant les plus belles flèches reçoivent, en fonction de leurs résultats, des assiettes décorées, des sommes d’argent,ou toute autre récompense annoncée sur le mandat. La plus belle flèche de la catégorie «arc classique»reçoit, selon une tradition attestée depuis plus d’un siècle(certaines sources évoquent le règne de Louis-Philippe), un vase de Sèvre offert par le Président de la République, qui lui est remis par un représentant de l’État, généralement le préfet.La plus belle flèche réalisée en «arc droit» reçoit, pour sa compagnie, une statue de saint Sébastien, offerte par l’association des Amis du musée de l’archerie et du Valois.

Un bouquet peut également connaître des variantes : il peut être du matin ou de l’après-midi selon l’heure à laquelle est placé le défilé, il peut être « ouvert » ou dit « fermé », c’est-à-dire réservé aux compagnies d’une même ronde. Actuellement, l’importante organisation que cet événement nécessite tend à limiter le nombre de ces manifestations : il s’en ouvre en général une fois par an et en un seul lieu. Le bouquet est ainsi ouvert à l’ensemble des compagnies d’arc françaises et peut regrouper jusqu’à 4000 archers.

Les traditions de l'archerie française se perpétuent, depuis le Moyen Âge, essentiellement par l'intermédiaire d'une transmission orale; méthode de transmission qui induit une certaine difficulté dans la vérification de ces sources. Régulièrement, des «manuels» et «guides pratiques»ont été édités dont un en cours d’actualisation.

Ainsi, deux modes complémentaires de transmission, orale et initiatique, permirent aux pratiques et traditions des bouquets provinciaux de perdurer jusqu'à nos jours.Il appartient à certains membres reconnus (archers initiés) d’une compagnie d’assurer la transmission de cet héritage aux nouvelles générations.

 

III. HISTORIQUE

 

1. Repères historiques

 

Les guerres se faisant plus rares à compter du XVe siècle, les compagnies d’archers issues des milices bourgeoises (des villes)ne tardèrent pas à transformer ce qui était leur entraînement militaire régulier en un divertissement libre et saisonnier: les exercices aux principales armes défensives devinrent les «nobles jeux» de l'arc, de l'arbalète et de l'arquebuse.

Souhaitant rapidement se mesurer les uns aux autres, les confrères pratiquant ces nobles jeux organisèrent des tournois chevaleresques, appelés «Prix», tant au sein de chaque compagnie qu'entre compagnies des alentours, c'est-à-dire généralement des villes situées dans une même province, d'où le terme de «Prix provincial» ou «bouquet provincial».

A partir du XVIIIe siècle, des «Prix Généraux», à dimension nationale, sont organisés et mobilisent cette fois-ci des archers, mais aussi des arbalétriers et arquebusiers, venant de tout le royaume. Avec la Révolution, les «Prix généraux», disparaissent, et les compagnies d’arcs, assimilées aux corporations, sont dissoutes.Les confréries d’archers commencent à se reformer sous le premier Empire, et des bouquets à dimension cantonale et régionale sont de nouveau organisés, sous le vocable de «bouquets provinciaux» (l'adjectif «provincial » fut conservé malgré la disparition officielle des provinces).

Le regroupement de compagnies en «rondes» et «familles», en Île-de-France et en Picardie, qui perdure encore aujourd’hui, témoigne de la structure d’organisation des bouquets sous l’Ancien-Régime, si on en compare les contours avec la géographie administrative de l’époque.

Compte-tenu de la difficulté rencontrée à organiser des fêtes mobilisant un grand nombre d'archers,la dimension régionale des «bouquets provinciaux» s’est peu à peu muée au cours du XXe siècle en «événement national». Si l’on excepte les bouquets dits fermés,ces grands rassemblements annuels constituent la grande majorité des bouquets actuels.

Tir à l’arc avec cible,d’après David Teniers II dit le jeune. Huile sur toile, XIXe siècle.

 

Sous l’Ancien-Régime, l'événement festif se déroulait toujours avec l'accord des autorités locales, à savoir la municipalité, les seigneurs locaux et les représentants du roi. C’est au printemps qu’était généralement organisé un bouquet, la saison voit le retour des beaux jours, propices pour s'exercer à nouveau en extérieur au "noble jeu de l'arc". Lorsque la fête devait être reculée à l'été, les autorités locales veillaient toujours à ce que la période retenue soit en dehors des dates importantes de travaux agricoles.

Ces tournois d'archers, d'arbalétriers et d'arquebusiers, mêlant de nombreuses compagnies, devinrent des événements prestigieux au sein des différentes provinces. Ce ne fut que lors des périodes troubles (disettes, guerres etc.), que les provinces du Royaume de France ne purent les organiser. Ces bouquets furent l'occasion, pour les «chevaliers» de ces nobles jeux, de se réunir fraternellement pendant plusieurs jours, d'entretenir un lien fort avec la noblesse et les échevins invités, de parader en grandes tenues devant les bourgeois des villes, de renforcer l'entente et l'appartenance provinciale des participants lors de grands banquets mais aussi et surtout de pratiquer l'honneur et la courtoisie durant leurs «joutes» amicales.

A l’instar d’autres pratiques populaires –sociétés de musiques par exemple -la tradition du tir Beursault s’est ancrée au XIXe siècle pour devenir une pratique populaire relativement bien institutionnalisée, avec sa double structure associative et de compagnie, avec ses «chevaliers d’arc» devant transmettre le valeurs de ce jeu. Les bourgeois, majoritaires dans les compagnies sous l’Ancien-Régime, ont été rejoins par d’autres milieux sociaux, et les «bouquets» ont reflété une tradition populaire largement ouverte à toute la population. C’est toujours le cas aujourd’hui. 

           

                           Une pratique qui devient populaire

 

La tradition des bouquets provinciaux est elle-même incluse dans la pratique du tir Beursault. Celle-ci ne dispose pas sur le plan national d’une association qui la représente: le calendrier des compétitions, incluant le bouquet provincial, est fixé par la FFTA, dont le tir Beursault est une section interne. En 1899, lors de la création de la Fédération des Compagnies d’arc de l’Île-de-France, c’était la discipline qui y était majoritairement pratiquée.L’organisme devint en 1911 la Fédération des Compagnies d’Arc de France avant de prendre le nom, en 1928, de Fédération Française de Tir à l’Arc, structure actuelle qui gère l’ensemble des sports de tir à l’arc reconnus au niveau olympique ainsi que le «noble jeu de l’arc

Se perpétuant par une tradition orale et initiatique(via les chevaliers d’arc, vecteurs de la Tradition), la majorité des membres de la communauté de l'archerie traditionnelle considèrent que leurs pratiques d'aujourd'hui sont particulièrement fidèles à celles d'autrefois.Or, force est de constater, bibliographie à l’appui, que les usages ont évolué : les grands banquets d'autrefois ont disparu, les fêtes sur plusieurs jours ne sont plus envisageables dans le contexte actuel, les droits d'entrée et le niveau social pour participer aux Prix Provinciaux étaient autrefois très élevés,ce qui nous permet de supposer une fête alors bien moins «populaire» que celle imaginée par les archers,ou que sa version actuelle.

Le bouquet provincial est une manifestation complexe, mêlant étroitement histoire, tradition orale et sport, mais certains aspects en sont, selon les cas, surreprésentés ou sous-représentés par les pratiquants du «noble jeu de l’arc» afin d’adapter la réalité à leur vision de la tradition, en les expliquant ou en les justifiant à leur manière.

La clé principale est une notion affirmée de continuité temporelle, déclinée par les archers sur plusieurs plans.

Il y a une réalité historique: la structure en compagnie remonte au Moyen Âge et par ailleurs la manière de tirer au Beursault n’a pas changée depuis au moins le XVIIIe siècle. Les principes orientant le déroulement de la compétition liée au bouquet ont eux aussi peu évolués depuis cette époque, ce qu’attestent les nombreux règlements conservés, où bien des points sont identiques aux règles actuelles. Cette persistance d’un type d’organisation d’Ancien Régime est revendiquée bien plus que d’autres aspects qui se sont probablement ajoutés à la tradition du bouquet au cours du XIXe siècle, telle la présence des «jeunes filles en blanc», (symbole de pureté) dans le défilé, qui n’est pas attestée dans les quelques descriptions anciennes de cortèges de bouquet.

Cette pratique remonte au moins au règne de Louis-Philippe. De nombreux vases, portant la date du bouquet,

Les archers revendiquent également un rôle symbolique de protection de la population lié à leur pratique,et cautionné par des autorités civiles: si ce n’est qu’un jeu populaire, il y a des «rois» et des «empereurs», et c’est, à notre connaissance, le seul jeu traditionnel français dont chaque année le gagnant d’une compétition reçoit un prix offert par le Président de la République. Malgré son nom évoquant l’organisation administrative de l’Ancien Régime, la tradition du «bouquet provincial» a donc été cautionnée par les présidents des Troisième, Quatrième et Cinquième République!

La fête du bouquet est également un marqueur temporel symbolique pour la population, car cette manifestation tournante n’est organisée qu’épisodiquement dans une commune. Pour certains habitants, le bouquet ne peut être l’affaire que d’une génération; le bouquet suivant ne pourra se dérouler dans la ville que quand leurs enfants seront en âge eux-mêmes d’y participer. Si cette vision ne correspond en rien à la réalité, elle prouve la force de transmission des valeurs attribuée au bouquet provincial.

Le bouquet est enfin un rare moment de rencontre de la communauté des archers, renforçant sa cohésion et affirmant son originalité. Tous les archers communient dans cette manifestation qui constitue le plus grand concours populaire de tir à l’arc existant en France: si la fête est laïque, à l’instar des pèlerins, chaque archer se doit d’avoir participé dans sa vie à un ou plusieurs «bouquets»! C’est également l’occasion d’affirmer la force de la communauté, qui défile fièrement dans une ville où toute la circulation est arrêtée pour laisser passer le défilé des archers.

La pratique du tir Beursault n’est pas menacée actuellement: ce jeu populaire est bien structuré, les jeunes y sont présents, le tir à l’arc s’est féminisé et les compagnies n’ont en général pas de grands problèmes de recrutement. Il en va tout autrement pour l’organisation des bouquets.

Les compagnies d'arc éprouvent aujourd'hui des difficultés à trouver en interne des volontaires pour organiser de pareils événements, essentiellement parce que la recherche de financements en amont est fastidieuse et qu’il faut ensuite assurer des gardes tous les week-ends, durant les quatre mois de compétition qui suivent la fête.Associés à ce phénomène, la crise budgétaire de ces dernières années et les renouvellements réguliers des élus politiques ne permettent plus aux compagnies de s'engager sereinement avec le soutien de leurs municipalités sur une longue période.

Ainsi, depuis une quinzaine d'années, les bouquets provinciaux ont des difficultés à s'organiser. Si autrefois les compagnies organisatrices étaient connues environ trois années à l'avance –ce qui leur le temps de programmer sereinement leur bouquet –ces dernières années,les volontaires se sont manifestés souvent à la dernière minute (comme en 2010, 2012 et 2014).

Si le bouquet garde un prestige certain parmi les archers, la plupart souhaitent y participer, même si cela suppose un long déplacement, il est plus difficile qu’auparavant d’obtenir l’adhésion des habitants. Cela d’une part pour des problèmes pratiques: défilés en plein centre ville, parkings etc. Dans certaines villes liées historiquement au bouquet, il est devenu presque impossible de les organiser, ainsi le bouquet de Paris en 2014 a posé nombre de problèmes de gestion du défilé.

S’y ajoute une méconnaissance de la population de ce que le bouquet représente, car elle n’a pas toujours eu l’occasion d’y assister: les bouquets changeant de lieu, le dernier dans la commune peut s’être déroulé il y a un quart de siècle, un siècle …ou plusieurs!

Conscients de l’intérêt de la tradition du tir Beursault et des difficultés rencontrées pour maintenir l’organisation annuelle d’un bouquet, des archers ont incité la Fédération Française de Tir à l’Arc a porter une candidature pour faire reconnaître le «bouquet provincial» sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Depuis 2012, un comité de pilotage a été constitué, qui regroupe des archers et des représentants du musée de l’archerie et du Valois de Crépy en Valois et de l’Office du Patrimoine Culturel Immatériel, qui accompagnent cette démarche. Un plan d’action a été établi et soumis à l’accord de la communauté des archers lors des États Généraux de l’archerie, organisés à Compiègne le 12janvier 2013, rassemblant 244 délégués des instances de l’archerie et des compagnies d’arc.

Un recensement collaboratif des bouquets et des compagnies d'arc ayant participé à des bouquets est en cours depuis 2013, mettant ainsi en avant l'existence d'au moins 800 bouquets en France depuis le Moyen Âge, répartis dans diverses régions (principalement Picardie, Île-de-France, Bourgogne).

 

II. APPRENTISSAGE ET TRANSMISSION

 

Le premier document connu qui décrit et continue de nos jours à régir les traditions de l'archerie sur le plan national a été publié en 1733, par l'abbé Henri Charles Arnault de Pomponne, et s'intitule Statuts et Règlement généraux pour toutes les compagnies du noble jeu de France. Au cours du temps, ce premier texte a été révisé plusieurs fois. Ceux actuellement en vigueur sont les Règlements généraux des chevaliers de l'arc et archers de France de 1960, réédités en 1975. Actuellement une Charte des Rondes de France complète et actualise ces derniers.

Au cours des siècles, à la fin de sa vocation strictement militaire, le tir à l'arc est devenu pour de nombreux archers un art chevaleresque: un combat individuel et collectif (en compagnie) qui se mène autant contre un adversaire désigné (une compagnie ou un peloton d’archers) lors d’affrontements récréatifs que contre soi-même. Le tir impose en effet une discipline personnelle, autant mentale que physique, recherchant un «équilibre».

Les archers désignés comme garants de l'esprit et des traditions de l'archerie sont appelés «chevaliers de l'arc». Traditionnellement, une compagnie doit être composée d’au moins trois chevaliers. Ce nombre peut ensuite croître en fonction de la manière dont se transmet la Tradition au sein de la compagnie. Pour être reçu lors d'une cérémonie initiatique, il faut que l'aspirant se soit particulièrement investi au profit du noble jeu de l'arc en général et de sa compagnie en particulier. Sa demande d’admission est alors proposée par des «parrains» et les chevaliers constituant la compagnie doivent être majoritairement d’accord pour accepter l’archer.

Si au début du siècle dernier tous les membres des compagnies d'arc étaient des chevaliers de l'arc ou en devenir, de nos jours, la proportion de chevaliers a largement diminué (20% en moyenne). Ceci est expliqué par le fait que les membres des associations sportives sont aujourd'hui généralement moins investis dans leurs structures associatives et réticents à s'engager sur du très long terme.

Les chevaliers de l'arc n’ont de cesse de transmettre au mieux ces anciennes traditions aux jeunes archers, même si la plupart des compagnies d'arc mettent un point d’honneur à concilier loisir sportif et traditions du noble jeu de l'arc.

Le Musée de l’archerie et du Valois conserve un nombre important de registres de compagnies d’arc dans lesquels sont consignés les événements marquants et quotidiens de la vie d’une compagnie d’arc.

 

III. HISTORIQUE

 

1. Repères historiques

 

Le terme de «Beursault» est extrêmement difficile à dater étymologiquement. D’aucuns pensent qu’il s’agirait d’une traduction du mot latin «bersarii» désignant les officiers de vénerie du temps de l’empereur Carolus Magnus Augustule plus connu sous le nom de Charlemagne, sans que cela soit réellement attesté. Quoiqu’il en soit, l'existence du mot «Beursault» (avec ses variantes anciennes: «bersail», «bersaud», «bersaux») remonte de manière certaine au moins au début du XVIIe siècle. Entre cette date et le XVIIIe siècle, il signifiait à la fois «le but», «le blanc ou le noir du centre de la cible», la «butte de tir». Le verbe «bersailler» ou «bersauder» signifiait quant à lui «viser».

Selon des versions répandues mais non attestées là encore, le terme de Beursault proviendrait également des arbres du jardin d'arc taillés en «berceau» (en voûte), placés en deux colonnes en guise de garde et allant d'une butte à l'autre afin de retenir les flèches égarées. D’autres récits, un peu plus légendaires, citent la forme des douves entourant les châteaux médiévaux dans lesquelles les archers étaient censés s’entraîner en prévision de combats.

Dès la naissance des villes, au XIIe siècle, les «bourgeois» (habitants des bourgs) se sont empressés de créer des «milices» regroupées en compagnies par quartiers. En accord avec l’échevin (ou le bourgmestre dans le Nord), ces milices étaient chargées d’assurer la sécurité civile. Les armes de trait étant les plus efficaces, les bourgeois se mirent rapidement au maniement de l'arc et le tir Beursault devint un entraînement militaire obligatoire pratiqué chaque dimanche. Pour encourager les bourgeois à s'entraîner, des exemptions fiscales furent promises par les municipalités.

Il semblerait que les caractéristiques du tir Beursault aient été adoptées pour plusieurs raisons, d’ordre essentiellement pratique: la distance de tir, qui est de 50 mètres, correspond à une distance pratique de tir au combat à l’arc ; le diamètre de la cible correspond à peu près à la largeur du bassin d’un homme ; et la hauteur entre le sol et le centre de la cible était de 80 cm, ce qui correspondait à la jointure de l’armure, point central et hémorragique au combat(la hauteur est aujourd’hui bien souvent relevée à un mètre).

Avec la pacification de la France, l’abandon des armes de traits au profit des armes à feu, la composante militaire du Beursault et des compagnies devint moins importante à la fin du XVIIe siècle. L'exercice militaire des bourgeois se transforma en un amusement, le «noble jeu», qui s'exerçait à l'arc, à l'arbalète ou encore à l'arquebuse. De fait, les compagnies sont à partir de l’époque moderne, le reflet d’une sociabilité plutôt notable. A compter du XIXe siècle, on pourrait évoquer une certaine «catégorisation» des compagnies, leurs membres se regroupant par centres d’intérêt, affinités religieuses ou par métiers. Cela explique que bien souvent une même ville

La symbolique inhérente à l’arc et à la flèche, aux accessoires, aux buttes, aux cartes ou encore à l'archer, semble exister en France au moins depuis le Moyen Âge, car des poèmes anciens en font état.Au XVIIIe siècle, un certain mysticisme faisant référence aux récits de la Passion du Christ s’est attaché à décrire le jardin d’arc, les dispositions de l’archer, le but à atteindre pour un tir droit et juste. Si cette symbolique chrétienne imprègne encore le déroulement du tir, le tir Beursault a bien sûr évolué, à l’instar de toutes autres disciplines sportives, tant en fonction des aspirations de ses pratiquants que des évolutions techniques du matériel de tir. Voici un exemple d’évolution dans la pratique :

-Depuis le XVIIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle, la carte Beursault est tenue en butte par cinq «broches» (clous coniques): 4 dans les angles de la carte et une en son centre, la «maîtresse broche», cible de la carte. Tous les anciens règlements de tir mettent en avant ces broches car elles avaient une symbolique mystique forte: les premières broches représentaient les clous de la passion et la maîtresse broche la sainte Lance.Cette broche centrale empêchait de réaliser le coup parfait au centre de la carte, rappelant symboliquement à l’archer que la perfection n’est pas de ce monde.

-A partir du milieu du XIXe siècle, une certaine forme de laïcisation de la pratique et la recherche constante de performance sportive conduit à abandonner la broche centrale, permettant aux archers d'atteindre un réel «coup de 0» (centre parfait) de la carte. Ainsi apparu le «marmot», sorte de petite cible centrale superposée au-dessus de la carte, qui se substitue depuis à la broche maîtresse et se relève facilement pour calculer la distance entre l'impact de la flèche et le centre de la carte, au centième de millimètre près.

Au début du XXe siècle, les cartes Beursault, imprimées massivement,se sont standardisées. Autrefois, toutes étaient peintes et décorées différemment, par de véritables artistes, internes ou extérieurs aux compagnies. Toutefois, la standardisation des cartes n'empêcha pas les archers de poursuivre cette tradition de décoration des cartes. Suivant l'importance des Prix et Parties de jardin, les cartes sont toujours décorées et s'assimilent parfois à de vraies œuvres d'art .

                               

                                                    Carte standardisée

                             Cartes décorées

 

2. Les récits liés à la pratique et à la tradition

 

Les archers et chevaliers de l'arc voient aujourd'hui leur jeu comme un sport ancien remontant au Moyen Âge. Beaucoup ignorent les racines militaires et mystiques qui furent pourtant à la base du jeu qu'ils perpétuent, ne conservant en mémoire que l’organisation hiérarchique des compagnies qui en découle logiquement.

L’origine ancienne du tir traditionnel est souvent fantasmée, en s'appuyant sur des sources historiques peu fiables. Ces récits qui se transmettent essentiellement de manière orale sont à la base de bien des désaccords entre archers à l’image de la croyance qui veut que la première compagnie d'arc naquit au IXe siècle, instituée à Soissons pour devenir la gardienne des reliques de Saint Sébastien. Cet épisode historiquement non attesté est à l’origine d’une organisation, l’Ordre des chevaliers de saint Sébastien, et positionne la compagnie d’arc de Soissons en tête de tout cortège comme «compagnie colonelle», sans pour autant que ces pratiques soient reconnues par l’ensemble des compagnies d’arcs ou des archers.

De manière plus générale, peu de récits structurent et formalisent la pratique traditionnelle du tir à l’arc. Plusieurs ouvrages, en plus des statuts et règlements généraux précédemment cités font toutefois référence auprès des archers jusqu’à être intégrés à l’histoire de la pratique traditionnelle:

-Etudes sur les anciennes compagnies d’archers, d’arbalétriers et d’arquebusiers, par L.A. Delaunay, 1879.

-Les compagnies du papeguay, étude historique sur les sociétés de tir avant la Révolution, par Gaston Lavalley, 1881.

-Fleurs et bouquets, Etude sur le jeu d’arc, par Etienne Moreau-Nélaton, 1912.

Force est de constater que l’historiographie concernant l’archerie traditionnelle beursault puise essentiellement ses origines à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, époque féconde en recherches historiques locales et contemporaine des premières études menées par le mouvement folkloriste.

Le Musée de l’archerie et du Valois conserve un nombre important de registres de compagnies d’arc dans lesquels sont consignés les événements marquants et quotidiens de la vie d’une compagnie d’arc.

 

IV. VIABILITÉ DE L'ÉLÉMENT ET MESURES DE SAUVEGARDE

 

1. Viabilité

 

Le Beursault étant depuis plus de trois siècles un « jeu » plutôt qu'un « sport », les chevaliers de l'arc s’efforcent de maintenir l'esprit d'honneur et de courtoisie au sein de leurs compagnies. Cependant, la recherche de résultats sportifs prend de l'importance dans l'esprit d’un bon nombre d'archers, ne serait-ce que parce que les clubs sont plus prosaïquement soumis à leurs performances sportives pour bénéficier de subventions, l'esprit décrit par les anciens chevaliers tend donc à décliner.

Depuis les échanges internationaux dans le cadre fédéral et sportif, en particulier après le premier quart du XXe siècle avec la reconnaissance du tir à l'arc comme discipline olympique, les règlements de l'archerie anglaise finirent finalement par être adoptés et pratiqués en France. Cette pratique, davantage axée sur les points à obtenir en cible a véritablement scindé le tir à l’arc traditionnel du tir sportif. À tel point qu'aujourd'hui, la discipline « historique » de cette fédération est davantage considérée comme une discipline à part entière, derrière le tir sur cibles anglaises, le tir campagne et les tirs 3D et nature. Le tir à l’arc français ne connut pas cette césure définitive du fait de l’origine de la Fédération : même si le Beursault est parfois placé comme une pratique quelque peu satellite, clubs et compagnies cohabitent bien souvent dans une même association, le Capitaine de la compagnie d’arc étant aussi le Président du club (en 1982, une loi interdit la désignation par titres militaires). Toutefois, afin que la pratique se perpétue sans être dénaturée, plusieurs mesures ont été prises et restent à envisager.

De manière informelle, il est à noter que la discipline du Beursault a commencé à s'adapter depuis de nombreuses années : entraînement des jeunes et adolescents, acceptation de tous les types d'arc, y compris les « arcs droits » qui représentent la forme la plus ancienne technologiquement (parfois faits d’un simple morceau de bois nu, sans stabilisateurs ni viseur). De même, il appartient à chaque Capitaine/Président d’associer et d’expliquer les spécificités du tir Beursault, son cérémonial et sa raison d’être.

Plus concrètement, la réalisation du présent inventaire, couplé aux études réalisées pour soutenir la reconnaissance du bouquet provincial au titre de patrimoine culturel immatériel national (puis mondial) ont pour effet principal de sensibiliser les populations locales, à commencer par les archers, au patrimoine inhérent à leur pratique. Expositions, conférences, rencontres et enquêtes ethnographiques valorisées sous forme d’archives audiovisuelles sont l’occasion de diffuser ces savoirs et de se les réapproprier.

 

2. Mise en valeur et mesure (s) de sauvegarde existante (s)

 

En terme de presse, le magazine fédéral Le tir à l'arc, le magazine Tir à l'arc magazine et le journal en ligne L'Archer Français sont les principaux vecteurs de communication parlant régulièrement du Beursault, de ses concours et du Championnat de France Beursault qui regroupe chaque année près de 500 archers, qualifiés sur plusieurs milliers de participants.

Le Musée de l'archerie et du Valois, à Crépy-en-Valois (60), en plus de sa salle de documentation et sa salle dédiée aux traditions de l'arc en général et du Beursault en particulier, organise régulièrement des expositions et conférences sur le Beursault, en partenariat avec la compagnie d'arc de Crépy-en-Valois pour faire visiter un jardin d'arc.

Les rondes, familles, compagnies d'arc et certaines ligues fédérales, se chargent de référencer, fixer et faire évoluer les traditions, en prenant en compte les évolutions contemporaines de la pratique.

Enfin, la Fédération Française de Tir à l’Arc elle-même est porteuse d’une candidature pour le « bouquet provincial », fête traditionnelle affiliée à la pratique du tir Beursault, présenté par ailleurs sur une autre fiche d’inventaire, en vue d’une reconnaissance par le Ministère de la Culture et de la Communication, mais aussi par l’UNESCO.

 

V. PARTICIPATION DES COMMUNAUTÉS, GROUPES ET INDIVIDUS

 

Les principaux acteurs étant intervenus dans l'élaboration directe de cette fiche sont l’équipe du Comité de pilotage qui a été mis en place par la FFTA et le musée de l’archerie pour la réalisation de cet inventaire

Le Président de la Fédération Française de Tir à l'Arc.

La Ville de Crépy-en-Valois via l’attachée de conservation, directrice du Musée de l'Archerie et du Valois, Marion Roux-Durand

L'équipe de rédaction du journal en ligne L'Archer Français, et son rédacteur en chef.

Le Président de la Famille de la Brie et membre du Conseil d’Administration de l’Association des Amis du musée.

L'archer qui a impulsé toute cette démarche, empereur de la Compagnie d’arc de Pontoise, Jean-Pierre Bouffon

L'Office du Patrimoine Culturel Immatériel, organisme-conseil. Et son directeur qui a mené des entretiens ethnologiques accompagnés par des archers

La communauté des archers a fortement été sollicitée, notamment lors de :

Entretiens ethnologiques filmés (32 heures au total),

Entretiens et dons de mémoire lors du « bouquet provincial » de Compiègne de 2013, et présence lors du « Bouquet provincial » de Paris en 2014

Inventaire participatif des pratiques et éléments sociologiques utiles sur les compagnies d'arc,

Conférences et expositions sur le sujet :

« Traditions d’archers », Musée de l’archerie et du Valois, 30/03-28/07 2013
« C’est le bouquet!Au cœur de la grande fête de l’archerie traditionnelle » 11/05 -30/06 2013, Musée de l’archerie et du Valois-Musée Antoine Vivenel de Compiègne.
Conférence « Un demi-siècle d’anecdotes sur le tir à l’arc en Brie et ailleurs », Philippe Gouble, Annet-sur-Marne,
Présence exigée à des « États-Généraux de l'archerie » en janvier 2013 à Compiègne,

Demandes de soutiens au profit du projet de reconnaissance des « bouquets provinciaux » comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité

Rencontre-étape du 06/12/2014 à Crépy-en-Valois qui a rassemblé plus de 200 personnes pour célébrer la remise du dossier UNESCO.

 

                                                                                                                                                                      © JOËL MEYNIEL 2015