Le culte des saints au Moyen Âge

 

                                                                 

 

 

            Dans le Nouveau Testament, le mot saint se rapporte à n’importe quel palpeur baptisé de Jésus. Plus tard la communion d’expression des saints a été employée pour se rapporter à tous les membres de l’église, de la vie et de la mort.

Dans un sens plus spécifique, les saints sont ces individus qui sont morts d’une mort héroïque pour le Christ (martyr), et ceux qui ont souffert considérablement pour le Christ (confessors). La vénération de tels individus a surgi très tôt dans l’histoire chrétienne.

L’Église est par la suite venue pour régler des cultes en instituant un système formel de canonisation au sujet de l’annonce 1000.

Les saints nous intéressent, car ce sont en effet des morts dont nous reconnaissons qu’en ayant donné du sens à leur vie, ils peuvent aussi en donner à la notre. En tête de la foi des chrétiens, celui que l’on pourrait appeler le « Saint des Saints », c'est Dieu, car seul Dieu est saint, c'est-à-dire pur et parfait.

C’était déjà le nom que donnait le peuple d’Israël au lieu le plus profond de son temple qui abritait la seule présence qui par son absence donnait du sens à leur vie en la tirant toujours plus loin qu’elle-même dans cette mystérieuse confiance qui fit sortir un jour Abraham de son pays.

En fait dans la première Alliance Dieu est le seul saint. Le mot « saint » n’est utilisé que comme substantif lorsqu’il s’agit de Dieu : « LE SAINT ». La bible ne dit jamais « un » saint, car il n’y en a qu’un : le Seigneur.

Un saint devient donc saint par émanation de la sainteté de Dieu. Le mot « saint » est alors utilisé comme adjectif.

Après Abraham d’autres se mirent en route pour trouver l’espérance non pas tant dans les choses matérielles, visibles, ce fameux monde dont nous nous faisons illusoirement le centre, mais vers un ailleurs qui toujours nous arrache à ce confort d’ici.

Un saint est un individu issu du commun qui a vécu la « Passion », du latin « Patior ». Le dictionnaire catholique définit le mot comme un compte rendu écrit des souffrances et de la mort d’une personne ayant sacrifié sa vie à la foi.

Être saint, c’est donc avoir toujours acquis la sainteté, car Dieu est aussi amour et invite les hommes à partager Sa Sainteté : » c’est moi qui rends saint » dit le seigneur (lev 20,8), » vous serez saints, car je suis saint » (lev 19,2).

Mais qu’est-ce exactement ?

Originellement c’est l’attribut de Dieu ou des dieux. La sainteté est progressivement devenue à l’époque chrétienne la condition de ceux qui, par une vie parfaite, se situaient avec Dieu dans un rapport de proximité faisant d’eux des médiateurs entre l’ici-bas et l’au-delà. En latin classique, « Sanctus » (souverainement pur, parfait), n’a pas seulement un sens religieux (ce qui touche aux cultes), mais s’applique aussi à toute autorité supérieure, et en particulier à l’empereur.

Aux premiers siècles de l’ère chrétienne, sanctus s’utilise surtout au pluriel pour qualifier l’ensemble des chrétiens, sauvés par leur seul choix de la religion. C’est semble-t-il à partir du IVe siècle que s’opère une personnalisation du concept, désormais appliqué à des chrétiens exceptionnels. 

On est donc passé d’une notion exaltant la cohésion et l’élection d’une communauté de salut à une valorisation du rôle intercesseur d’hommes et de femmes, tenus pour des morts pas comme les autres. C’est cette dernière orientation qui, avec d’innombrables nuances, a prévalu tout au long du Moyen Âge.

Cependant le groupe des saints a lui-même été perçu, dès le IIe siècle comme divers.

 Les saints par excellence étaient les martyrs, mais il fallut très vite accorder une place aux confesseurs, c’est à dire, à l’ensemble des saints masculins non martyrisés, ainsi qu’aux vierges, leur équivalent féminin.

Le culte des saints est l’une des pratiques religieuses les plus populaires. Les saints sont des intermédiaires très proches et très puissants, dont la fréquentation peut assurer d’innombrables bienfaits.

Pendant des siècles avec une médecine et des sciences très limitées, l’homme ne pouvait avoir recours qu’au sacré.

Les saints ont vu leur culte se développer, car on leur attribuait un rôle de protection efficace.

Condamné par les protestants, le culte des saints prend aux yeux des catholiques une valeur de témoignage : il est profession de foi.

L’Église posttridentine, tout en lui redonnant du  lustre et en favorisant son développement, tente de canaliser les pulsions très irrationnelles des fidèles et de mettre un peu d’ordre dans leurs dévotions très foisonnantes.

Les érudits, Jésuites ou Bénédictins cherchent à séparer le vrai du faux dans la légende dorée héritée du Moyen Age. Le culte de la Vierge occupe la première place. De la Vierge des Douleurs, des Pietà du XVe siècle, on passe progressivement à des formes plus optimistes, où la joie de l’incarnation et la gloire de la résurrection s’allient à la tristesse de la Croix.

Parmi les innombrables élus des calendriers liturgiques, les plus en vogue sont les saints guérisseurs comme St Sébastien ou St-Roch, qui protègent des maladies et les saints protecteurs de la vie rurale comme st Fiacre ou St Vincent. Certains cultes paraissent traduire l’unanimité nationale, tel celui de St Martin ou de St Nicolas en Lorraine. Au XVIIe siècle, la fête de St Louis conforte le culte monarchique. Une grande stabilité caractérise le culte des saints. L’étude des prénoms donnés au baptême atteste du poids des traditions familiales et locales, ainsi que de l’insignifiante influence de la mode.

Après 1750, les formules testamentaires abandonnent généralement l’énumération des intercesseurs célestes : c’est surtout la preuve de la laïcisation de l’acte juridique plutôt que celle d’un recul du culte des saints. Les procès-verbaux de visites pastorales, ceux de Bordeaux par exemple soulignent l’état florissant des dévotions locales et au travers des pèlerinages et des confréries, la permanence du culte des saints.

Une erreur majeure serait de croire que la sainteté médiévale ne relève que d’une histoire de la spiritualité entendue dans un sens étroitement religieux.

Depuis le IVe siècle, époque à laquelle on a commencé à construire des basiliques sur les corps des martyrs, la sainteté a toujours constitué un phénomène social majeur. On ne peut en effet la dissocier du culte des saints, celui-ci permettant bien souvent de comprendre comment celle-là était utilisée, voire instrumentalisée. La notion de culte renvoie d’abord à une pratique liturgique, lorsque les saints sont inscrits dans un calendrier et que les textes de leur vie ou de leurs miracles sont lus pendant les offices. Mais par culte des saints, on entend également tous les hommages rendus par les fidèles, clercs et laïcs à un saint dont les ossements reposent en un lieu précis. Cette deuxième acceptation du terme, plus large, permet d’enraciner la sainteté dans l’espace, par le biais d’innombrables reliques « marquant » chrétiennement le paysage et structurant des espaces symboliques.

Les saints confèrent une identité à une ville, à une région, à un groupe, voire à un royaume (pays).

L’utilisation des saints dans un but politique est attestée dés le très Haut Moyen Âge, sans cependant qu’il soit possible de dissocier le « politique » du « religieux ».

Enfin, en dehors de leur rôle de premier plan dans la lente formation d’une conscience chrétienne, jusqu’au XVIe siècle et même au-delà, les saints sont présents partout. Il faut donc les prendre en considération pour décoder le fonctionnement d’organisations humaines qui derrière leurs évolutions et leurs diversités se veulent toujours chrétiennes.

Parmi les saints, il est important de distinguer :

LES MARTYRS

Ce qui veut dire : « Témoignage »

Ce terme est habituellement employé pour parler de témoignage de la foi donné par un chrétien qui a accepté la mort, souvent dans d’atroces conditions, pour rester fidèle au Christ, lui-même « témoin fidèle » selon l’Apocalypse (APOC. 3 ; 14 et 17 ; 6). On en dénombre environ 30 000, mis à mort pour leur foi, seule ou en groupe.

On distingue les « martyrs rouges » effusion de sang ; « les martyrs verts » pénitence ; « les martyrs blancs » virginité et bonnes œuvres. Leur culte est universel.

LES SAINTS OU CONFESSEURS

Ce sont ceux qui ont été mis à mort en odeur de sainteté, soit environ 4000 dont 700 femmes.

Le calendrier des saints le plus ancien, destiné au cycle liturgique, remonte à 354 et fut complété de siècle en siècle. C’est lui qui servit de base au calendrier romain jusqu’à sa réforme en 1969. Entre le Xe et le XIIe siècle, on recourt souvent au pape pour inscrire de nouveaux noms, puis au XIIe siècle, le pape se réserve l’enquête préalable sur la sainteté, au XVe siècle sur les livres d’heures manuscrits puis imprimés, les jours où il n’y a pas de fêtes de saints, des saints locaux sont ajoutés.

En France, en 1850, l’almanach des PTT est officialisé. En 1969, il est modifié après la promulgation du nouveau calendrier romain (origine 354), qui retient le nom de 180 saints et laisse à un culte local beaucoup de saints qui n’ont pas une importance particulière pour l’Église et ceux dont l’histoire est peu assurée.

Habituellement, chaque saint y est inscrit au jour de sa mort, considérée comme « sa naissance au ciel ». Le calendrier actuel comporte jusqu’à 30 saints par jour.

Le calendrier appelé communément « des postes » ne peut être une référence comme calendrier liturgique. Les saints font figure d’êtres exceptionnels. Cependant, le peuple ne cherche pas tant des exemples que des appuis. Toute la foule des ÉLUS est requise, avec une sorte de spécialisation : St-Roch vient à la rescousse de St Sébastien contre les maladies. Comme chaque village, chaque corporation a son saint protecteur attitré. Les chevaliers s’adressent à ceux qui ont porté les armes sur terre. (St Georges et St Michel).

À l’instar des communautés, les individus sont confiés à des patrons célestes dés leur baptême. Le culte des saints fait une place considérable aux rites. Les reliques ont toujours plus de succès. Ces élans de ferveur et les formes exagérées qu’ils donnent à la vénération des saints révèlent par leur outrance, la profondeur de l’angoisse qu’ils expriment.

LES SAINTS GUERISSEURS

En voici une liste, très loin d’être exhaustive.

 

Saint Martin

Maladies des yeux

Saint Laurent

Brûlures

Saint Laurent

Zona

Saint Martin

Troubles de la ménopause

Saint Laurent

Brûlures

Saint Ortaire

Marche des enfants

Saint Benoît

Dermatoses

Saint Éloi

Maux de gorge

Saint Jean-Baptiste

Maux de tête

Saint Jean-Baptiste

Migraines

Saint Omer

Problèmes oculaires

Saint Omer

Problèmes intestinaux

Saint Wandrille

Colique

Saint Ortaire

Troubles de la marche

Saint Siméon Stylite

Verrues plantaires

Saint Aubin

Coqueluche

Saint Antoine-le-Grand

Brûlures

Saint Antoine-le-Grand

Zona

Saint Côme

Enurésie

Saint Éloi

Ulcères

Saint Éloi

Maux de gorge

Saint Célerin

Maladies de la peau

Saint Guy

Chorée

Saint Guy

Léthargie

Saint Aubin

Coqueluche

 

                                                                                                                         © JOËL MEYNIEL 2015