La bataille d'Hasting 

 

                 

 
 

                  Apprenant que Harold est monté sur le trône, Guillaume convoque les principaux barons normands et les convainc de se lancer à la conquête du royaume, avec l’aide du pape Alexandre II qui menace les rétifs d’excommunication. En moins de dix mois, il parvient à rassembler dans l’estuaire de la Dives une flotte d’invasion d’environ 600 navires et une armée estimée à 7 000 hommes. On trouve parmi eux des Normands bien sûr, mais aussi des Bretons, des Flamands, des Manceaux, des Boulonnais….

                 Retardée quelques semaines par des vents défavorables et des conditions météorologiques contraires, l’armée normande attend dans la baie de Saint-Valéry-sur-Somme le moment propice pour embarquer tandis que le sort de l’Angleterre continue à se jouer dans le nord de l’Angleterre envahi en septembre par le roi norvégien Harald Hardraada qui conquiert York le 20 septembre et trouve des alliés (Morcar de Northumbrie, les Écossais, etc.). Harold II d’Angleterre, dont les forces sont réunies à la va-vite, marche néanmoins vers le nord et, le 25 septembre, surprend les Vikings à la bataille de Stamford Bridge. C’est une victoire pour le roi anglo-saxon. Le roi norvégien y meurt.

                Poussée par un vent enfin favorable, l’armada normande débarque entre temps dans la baie de Pevensey (Sussex) le 28 septembre 1066 quelques jours à peine après la victoire d’Harold sur les Norvégiens. Cette conjonction s’avère cruciale : l'armée d'Harold déjà épuisée par les combats contre Harald doit traverser à marches forcées toute l'Angleterre du Nord au Sud et se battre contre un ennemi reposé et qui a eu le temps de se retrancher. Guillaume ne tarde pas à prendre pour base la bourgade voisine de Hasting où il met sur pied un château de terre et de bois. Le choix du Sussex comme lieu de débarquement est une provocation directe pour Harold car cette région était son domaine personnel. Guillaume commence immédiatement à ravager la terre ce qui incite peut-être Harold à répondre dans la précipitation au lieu d’attendre des renforts de Londres. Ceci a également joué en faveur de Guillaume qui, s’il avait dirigé ses forces vers l’intérieur de l’Angleterre, aurait pu être coupé de ses voies de ravitaillement, encerclé par l’armée d’Harold constituée de sa garde personnelle, les Housecarles, et de troupes levées dans le sud du pays.

                Lorsqu'un fil jaune orangé traça à l'Est la ligne d'horizon, on fit sonner le cor. Petit à petit, un bruissement…, puis le sourd grondement d'une armée qui sort de la léthargie du sommeil. Peu de mots prononcés, chacun s'équipant et s'harnachant avec une attention plus soutenue que d'ordinaire, car tous savaient que ce serait aujourd'hui, en ce Samedi du 14 Octobre 1066, que la bataille tant attendue aurait lieu.

               La fraîcheur se levant avec le jour rendait l'humidité de cette région parsemée de marécages et de profondes forêts plus désagréable qu'à l'ordinaire. Toute la nature ruisselait de cette rosée matinale où, par endroit, elle semblait se condenser à l'état gazeux afin de former ces monceaux de brumes cotonneuses roulant doucement sur les collines environnantes.

                                                                                                                                                                     © JOËL MEYNIEL 2015