Les femmes et l'archerie.

Dans le dernier numéro du magazine « Le tir à l'arc » d'avril/mai 2015 on peut lire un article qui pose la question suivante doit-on dire concernant les femmes qui pratique le tir à l'arc « archer » ou « archère » ?

Voilà bien une question fondamentale. En fait, le mot « archère » est un terme de l'architecture médiévale en rapport avec les château fort désignant une petite ouverture permettant aux archers de pouvoir tirer sur l'ennemi avec un maximum de protection. 

Il semble donc peu souhaitable ne nommer ainsi les femmes qui pratiquent cette discipline même sous prétexte de féminisation des mots. Car enfin, tout ne peut-être féminisé en vertu d'une soit disant égalité. Et puis, je rappellerais que les femmes sont associées à l'arc depuis fort longtemps.

Donc, quelque soit le sexe, un archer est une personne qui manie un arc, un point c'est tout.

Les personnages réels ou fictifs masculins tel que de Robin des Bois ou encore plus récemment Arrow semble dominer l'archerie et sa représentation. Cette masculinisation parait l'emporter grâce ou/et à cause des guerres, et encore, il y a eu des exceptions, mais sûrement pas en ce qui concerne la chasse comme nous le verrons.

Réalité ou religion, la femme est pourtant plus souvent qu'il n'y parait associée à l'arc.

Faisons un petit tour dans le passé avec quelques exemples car ils sont trop nombreux pour les citer tous.

En Égypte du temps des pharaons, la déesse égyptienne Neith est peu connue. Il s'agit pourtant d'une déesse primordiale qui conjugue de nombreuses fonctions.

                                  

Neith est la déesse maîtresse de la ville de Saïs, dans le delta du Nil. D'un caractère guerrier, elle est souvent représentée debout, coiffée d'une couronne rouge de Basse-Egypte et munie d'un arc et de flèches. Certaines conceptions la tiennent pour la mère des dieux. C'est elle qui aurait créer le monde.Outre d'être également la maîtresse du tissage, des arts domestiques et de la femme, protectrice du sommeil, des sarcophages et des vases canopes, elle commande à la destinée du Nil dont elle régit les inondations et se promène sur ses rives sans craindre les crocodiles qui s’y prélassent (illustration ci-dessus à droite). Surgie de Noun, l’Océan primordial, elle est née de sa propre volonté. Asexuée, sans partenaire masculin, elle renferme, en elle, tous les principes mâles et femelles constituant chaque élément de la nature.

En Grèce, les femmes déesses ou humaines chassent à l'arc comme en témoignent des représentations sur les vases.

                       

Artémis (la Diane des Romains), la sœur d'Apollon, est la déesse chasseresse. Ce sont les cyclopes qui lui offrirent son arc d'argent et un carquois. Généralement, elle se déplace avec une meute de chiens. Un jour, Actéon, petit-fils d'Apollon, élevé par le centaure Chiron qui lui apprit l'art de la chasse, la surprit, tout à fait par hasard, en train de se baigner nue. Ce voyeurisme involontaire lui coûtera cher : afin qu'il ne puisse jamais s'en vanter, Artémis le changea en cerf et le fit mettre en pièces par sa meute de chiens.

                                    

Les Amazones furent de farouches guerrières, cuirassées et casquées et en plus, de redoutables archères. Elles résidaient sur les rives de la Mer Noire. Longtemps tenues pour légendaires, elles correspondraient, historiquement, aux femmes guerrières des peuples nomades scythes et sarmates des steppes eurasiennes.

La plupart des textes anciens indiquent qu'elles habitent à l'embouchure du fleuve Thermodon et que leur capitale est Thémiscyra.
Quelques textes indiquent cependant
- soit qu'elles sont originaires des bords du lac Maetis (Palus Méotis) d'où elles ont été chassées ; 
- soit que, chassées de Thémiscyra, elles sont remontées au Nord dans une région plus proche de la Scythie.
Par ailleurs, lors de leurs expéditions, elles auraient fondé de très nombreuses villes : Éphèse, Cymé, Smyrne, Paphos et Sinope. 

La lance est leur arme lorsqu'elles sont à cheval.A pied, elles utilisent l'arc et la hache.

L'apparence des Amazones est très diverse. On peut retenir cependant certains types

le type scythe : les Amazones portent alors un vêtement collant qui couvre entièrement le corps. Les représentations figurées montrent qu'elles portent un pantalon collant nommé a>naxuri/dej. Les taches ou les zébrures indiquent que ces vêtements sont faits de peaux de bêtes.

le type "dorien" (ou dorique). les Amazones sont alors vêtues comme des jeunes filles spartiates, avec une tunique courte (chlamyde) rattachée sur l'épaule gauche et qui laisse apparaître le sein droit. 

- un type où elles ne se distinguent en rien des guerriers grecs : elles portent l'équipement guerrier grec : on voit cependant à leur visage (ou à leur peau blanche) que ce sont des femmes. 

                            

Sur ce vase du Louvre, la tenue paraît composite : plusieurs éléments scythes caractéristiques apparaissent notamment le collant porté sous une tunique ornée. On remarquera que les bras semblent aussi recouverts d'un habit semblable. L'armement est bien aussi étranger. Par contre la tunique est bien proche de celle de la coureuse laconienne, mais elle ne laisse pas apparaître le sein... 

 

Une illustration du XIVe siècle et tirée du livre de Bradbury" Medieval archer » nous montre qu'à cette époque aussi les femmes tiraient à l'arc. Certes ce n'est pas pour la guerre, mais pour la chasse.

           

                 

En ce moment au cinéma, une nouvelle héroïne Disney remplit les salles. « Rebelle » (ou Mérida), une Écossaise aux cheveux roux et frisés désobéissant à ses parents, en commençant par refuser d’épouser l’homme qui lui est imposé. En quête de liberté, elle défie les traditions datant de milliers d’années en montrant à la cour son talent d’archer. Fiction ? 

                         

Certes, mais voici une héroïne, bien réelle en terre d’Islam. Eh oui, bien qu'aujourd'hui ils veulent les cacher, il y a eu une femme sachant manier l’arc et l’épée, qui n’hésitait pas à aller à l’encontre des traditions, comme accompagner les hommes lors de la bataille d’Uhud afin de les soigner et de les abreuver, ou bien aller questionner directement et parler au Prophète de l’Islam (Salallahu ‘alayhi wa salam), beaucoup d’hommes étaient étonnés, voire plus, face à son caractère. Mais elle fit tout cela par soumission envers son Créateur. Noussayba (radiya Allahu anha). Une véritable héroïne, qui elle, a existé et s’est battue pour venir en aide au Prophète Mohammad (salallahu ‘alayhi wa salam), et ce à plusieurs reprises. Elle fut également présente lors des batailles de Khaïbar, et lors de la prise de la Mecque, mais aussi à celle de Hounnaïn et du siège de Taïf, elle était également là lors de la bataille d’El-Yamama, et elle y perdit même une main.

Noussayba se convertit avant l’Hégire, et habitant à Médine, elle embrassa l’Islam sans même avoir vu le Prophète (salallahu ‘alayhi wa salam). Noussayba fut guidé par Allah en même temps que son époux Zayd Ibn Asim et ses deux fils, Habib et « Abdallah. Après l’Hégire, Noussayba resta toujours auprès du Prophète. Elle n’hésitait pas à le questionner encore et encore, et le Prophète la tenait en grande estime.

Une combattante redoutable

Lors de la bataille d’Uhud, Noussayba apportait des soins aux blessés et leur donnait à boire. Le trouble s’installa au sein des troupes du Prophète, et la cavalerie ennemie put attaquer les croyants par-derrière. Face à cela, les ennemis parvinrent à toucher le Prophète à l’aide d’une pierre, le blessant au visage. Il passa pour mort un moment. De nombreux combattants musulmans fuirent, et seule une poignée de musulmans restèrent auprès du Prophète pour continuer à combattre, dont Noussayba, son mari, et ses fils. Elle prit une épée et accourut défendre le Prophète de toutes ses forces. Elle se révéla être une combattante redoutable, entre son épée et son arc. Elle fut touchée à de nombreux endroits de son corps, dont une blessure grave entre son épaule et son cou, infligée par l’épée d’un des ennemis. C’est inanimé gisant sur le sol que les compagnons la retrouvèrent. Elle perdit beaucoup de sang, et l’on raconte que le Prophète la vit soigner cette blessure une année entière. Après cette bataille, lorsqu’elle revint à elle, ses premières paroles furent les suivantes : “Est-ce que le Prophète est blessé ?” et demanda qu’on l’emmène près de lui pour s’assurer de son état.

Lors de la bataille d’El-Yamama, où Abu Bakr Siddiq (radiya Allahu anhu) avait envoyé des combattants musulmans pour contrer un “nouveau Prophète et une Prophétesse”, là pour imposer une nouvelle religion suite à la mort de RassoulAllah (salallahu ‘alayhi wa salam). Noussayba et ses deux fils furent parmi les combattants une fois encore. Habib fut emprisonné, torturé et tué pour avoir refusé d’apostasier. Noussayba se précipita afin de combattre et perdit une main (ou un bras). Elle confia alors son épée à “Abdellah, ‘N’ayant plus de bras, c’est toi, désormais mon bras ! À toi de continuer la lutte contre l’ennemi d’Allah ! Ne reviens qu’après l’avoir tué !’ Une fois l’ennemi tué, les croyants rentrèrent avec Noussayba en tête. Il ne lui restait qu’un bras, et qu’un fils.

On ne sait avec exactitude la date à laquelle Noussayba est morte, mais elle faisait de façon certaine partie des gens de bien, des combattants de Dieu. Une héroïne courageuse, combative, généreuse et forte. Qu’Allah l’agréé.

Souvent, la femme reste une image de séduction.

                                    

 

Au XVIIIe siècle, les compagnies tendent à devenir des lieux de réjouissances et de plaisirs. Certains francs-maçons semblent avoir pris leurs distances par rapport aux chevaliers du noble jeu de l'arc, aux confréries et autres compagnies.

Société d'hommes, le mélange des sexes est resté longtemps inenvisageable. Certes, les femmes ne sont pas absentes de leurs préoccupations. Mais le noble jeu de l'arc pour rester en phase avec les attentes sociales de l'élite de l'époque se doit de s'ouvrir aux femmes, sans pour autant perdre le bénéfice de leur statut chevaleresque. Il est, d'ailleurs en cela, aiguillonné par des femmes d'extraction sociale élevée, gage d'une relative autonomie et d'un réseau relationnel élargi. Elles sont, en effet, désireuses de forcer les barrages des sociétés d'hommes. Si les chevaliers ne répondent pas toujours favorablement à cette pression, le statut social des requérantes a, en tout cas, permis la prise de conscience de leur demande. On peut citer des exemples de femmes admises comme la comtesse d'Egmont à la compagnie de Soissons ou encore le triomphe de Mlle Genotte de Guyère dans l'exercice du tir. Peu nombreuses, toutefois, elles restent un sujet d'étonnement et de surprise, y compris parmi les femmes. Lorsque Mme de Saint-Julien triomphe lors du jeu du papegai organisé par Voltaire à Ferney, Mme de Genlis note qu' :

« Une telle adresse est un exploit pour une femme. »

                               

Au siècle dernier, les suffragettes en Angleterre se mirent à brûler des institutions symboles de la suprématie masculine qu'elles combattaient : une église ou un terrain de golf et jeu d'arc réservés aux hommes par exemple.

                            

                             

                                        

 

                               Les femmes archers aux jeux de Londres en 1908

 

                                                                                                                                                                   © JOËL MEYNIEL 2015