LES ARCHERS DU ROI

 
 
 
 
C’est aux quatorzième et quinzième siècles que l’archerie militaire vivra sa période la plus fastueuse en Europe. Ceci pour deux raisons : l’utilisation stratégique des archers lors des batailles, et les méthodes de recrutement.
Pendant cette période, l’utilisation stratégique de l’arc, fer de lance des armées, marquera les grandes heures de l’histoire militaire de l’Europe.
Au début seizième siècle, la disparition du féodalisme, résultant de la centralisation et de l’accentuation de l’autorité du gouvernement royal, associée aux problèmes de recrutement en nombre de soldats archers et surtout l’utilisation de plus en plus importante d’armes à feu condamnent progressivement et définitivement l’utilisation de l’arc dans les opérations militaires.
 

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Reliures : Dos carré collé

Formats : 14,8x21 cm

Pages : 284

Prix: 13 Euros

N° ISBN : 9782955517376

Disponible à cette adresse ou en librairie :

http://www.thebookedition.com/fr/les-archers-du-roi-p-350169.html

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EXTRAIT DU LIVRE:

 

Pendant la majeure partie des XIVe et XVe siècles, les troupes équipées d’armes de jet utilisaient tous différents types d’armes. Il s’agissait de l’arc court, du grand arc : le Longbow ou de l’arbalète. Les archers avaient l’avantage de pouvoir tuer et blesser les ennemis à distance sans devoir engager un combat individuel. La valeur de ces combattants était bien connue des Anciens, mais leur expérience s’était perdue.

Les chevaliers médiévaux français dominaient leur territoire et leur époque. Leur code d’honneur exigeait qu’ils se battent à mains nues contre un ennemi honorable. Tuer à distance avec un arc était considéré comme un acte vil. La classe dirigeante ne fit donc que peu d’effort pour développer cette arme et en améliorer l’efficacité.

Peu à peu, il devint évident que les archers étaient efficaces et très utiles, à la foi lors des sièges et au cours des batailles. De plus en plus d’armées les incorporaient plus ou moins à contrecœur dans leurs rangs.

Les archers à pied combattaient en formation compacte de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers d’hommes. À cent mètres de l’ennemi, un carreau d’arbalète ou une flèche d’un grand arc pouvait pénétrer une armure. À cette distance les archers et les arbalétriers visaient des cibles individuelles. L’ennemi ne pouvait éviter tous les traits. Si l’ennemi quittait sa protection et chargeait les archers, la cavalerie lourde intervenait pour sauver les archers. Si la formation ennemie défendait son territoire sans bouger, les pertes pouvaient atteindre une telle proportion qu’une charge de cavalerie légère suffisait alors pour anéantir l’opposant.

 

En Angleterre, le rôle des archers était reconnu et ils étaient bien payés. Lorsque les Anglais apprirent à utiliser les grandes unités d’archers, ils commencèrent à remporter des victoires, même s’ils étaient généralement en nombre inférieur. Profitant de l’avantage que leur conférait la portée des grands arcs, les Anglais développèrent la tactique du tir de barrage. Plutôt que de viser une cible individuelle, les archers anglais visaient la zone qu’occupait l’ennemi.

Leur fréquence de tir pouvait atteindre 6 voire 12 flèches à la minute (contre 1 carreau d’arbalète française) : 3 000 archers pouvaient donc tirer entre 18 000 et 36 000 flèches à la minute sur une formation ennemie. L’effet de ce tir, sur les montures et les hommes, était dévastateur (À la bataille de Crécy les 6 000 archers anglais à raison d’une salve toutes les 12 secondes soit 30 000 traits en 60 secondes, sachant qu’un trait pesait environ 60 grammes, ont ainsi, en une averse de flèches, envoyé 150 000 traits soit 9 tonnes de projectiles en 5 minutes sur les Français). Les chevaliers français parlaient de cieux obscurcis par les nuées de flèches et du sifflement des projectiles.

Les tirs de barrage ou à « l’aveugle » sont dangereux mais peu mortels, par contre ils blessent beaucoup, perçant bras, jambes, poitrines et visages. Ces tirs paraboliques allant jusqu’à 50 mètres de haut et sous un angle très prononcé obligeaient les ennemis à se protéger avec leurs boucliers, du même coup dégageant leur corps, ils s’exposaient ainsi à d’autres archers spécialisés dans les tirs « droits ». Les chevaux n’étaient pas épargnés : « Ils lâchent sur la cavalerie immobile un premier nuage de flèches comme des bandes innombrables de corbeaux ou de grives obscurcissant l’éclat du soleil lorsqu’elles prennent leur vol » (Froissart, Chroniques).

On mourait très souvent des suites de ses blessures surtout si la flèche était munie d’une pointe à barbelures.

Les tirs en « pluie » demandaient une très grande quantité de projectiles. Pour obtenir un tir en « pluie », il faut calculer la parabole de la même manière que les artilleurs, pour que le tir ne soit ni trop long, ni trop court. En fait, ces calculs se font de manière totalement empirique. Au Moyen Âge, on est convaincu que la course de la flèche décrit un angle obtus, alors qu’elle représente une parabole. C’est ce que démontrera au XVIe siècle, le mathématicien italien Niccolo Fontana dit Tartaglia (1499-1557) qui le premier, étudia la balistique de manière théorique (Nova Scientia, 1537).

Pour les tirs paraboliques, les archers utilisaient des volets, flèches légères empennées de plumes de canard, de pigeon ou d’oie jeune. Les volets avaient une force de pénétration faible, mais ils étaient très rapides. Leur faible poids et leur vitesse autorisaient une longue portée ce qui permettait de tromper l’ennemi sur la distance réelle le séparant de l’adversaire.

À l’inverse, les archers utilisaient des flèches volontairement alourdies par du plomb ou du bois très dense, pour inciter l’ennemi à se rapprocher. Le centre de gravité de ces flèches, étant déplacé vers la pointe, augmentait leur pouvoir de pénétration, mais en limitait la portée, surtout après un tir en parabole. Les différents types de flèches de guerre devaient être choisis en fonction des adversaires et de leurs protections : flèches perforantes, tranchantes, assommantes, incendiaires, sonores, etc. Les flèches sonores déstabilisaient, les flèches enflammées et les flèches fusées semaient la confusion, elles faisaient partie de la panoplie des archers pour la pratique d’une guerre psychologique, sans oublier les flèches de signalisation et de messages qui participaient quant à elles au commandement et donc à la stratégie.

La principale difficulté était de protéger les archers pendant le tir, pour être efficace il leur fallait se trouver relativement près de l’ennemi. L’habitude d’abriter les archers derrière des pieux fichés en terre, la pointe menaçant l’ennemi, remontait à l’époque romaine et avait été conservée par les peuples d’Orient. Les archers anglais emportaient des pieux (les peuchons) sur les champs de bataille et les enfonçaient dans le sol à l’aide d’un maillet, formant ainsi une sorte de haie de 1,50 m à 1,80 m de haut. Ils les plaçaient devant l’endroit d’où ils désiraient tirer. Ces pieux les protégeaient de la cavalerie ennemie, la tenaient à distance et leur permettaient de conserver leurs positions. En 1428, devant Beaugency, les Anglais rencontrent un corps d’armée Français rangé en « bataille », aussitôt les chez Anglais : « Il fut prestement faict commandement du Roy Henri d’Angleterre, que chacun se meist à pié tous archiers eussent leurs peuchons estoquiez devant eulx, ainsi comme ils ont coustume de le faire quand ils cuident estre combattus. » (Froissart, Chroniques). Par contre, les archers étaient en position d’infériorité en cas d’attaque de fantassins ennemis.

L’utilisation des archers lors des conflits varia selon les périodes et les pays. Mais on peut néanmoins dire que dans les batailles, les archers ont joué un rôle déterminant pour la victoire. Tant que les Anglais purent aligner un grand nombre d’archers compétents, ils dominèrent les champs de bataille…Mais cela eut un effet pervers bien connu des militaires : « le perdant apprend plus facilement que le vainqueur ». Alors que les Français évoluèrent dans leurs méthodes et leurs tactiques de guerre, les Anglais empêtrés dans des conflits internes (début de la guerre des Roses), subirent une sorte de sclérose dans l’évolution de leurs tactiques.