RESTER DEBOUT

 
 
 
Roubaix, 2014. Dans le pavillon familial, le jeune Patrice, quatorze ans, s'ennuie en ce début de grandes vacances. Il essaie vainement de lutter contre la chaleur caniculaire qui sévit sur la ville et sa région. Dans ce combat inégal, il trouve refuge dans la cave, où il découvre, par hasard, un cahier ayant appartenu à son arrière-grand-père, Pierre. La lecture de ce cahier oublié le plonge cent ans en arrière sur ce que fut le quotidien, lors de la Première Guerre mondiale, d'un poilu. Il a, au fond de lui, le sentiment qu' avec ce témoignage, il a voulu laisser un message. Mais lequel ?
 

 165106

Reliures : Dos carré collé

Formats : 14,8x21 cm

Pages : 235

N° ISBN : 9782955517352

Prix: 16 Euros

Disponible à cette adresse ou en librairie:

http://www.thebookedition.com/fr/rester-debout-p-350015.html

 

 

EXTRAIT DU LIVRE

 

Début Juillet, de nos jours, à ROUBAIX.

 

 

It’s close to midnight and something evil's lurking”

In the dark, under the moonlight you see a sight that almost stops your heart.”


You try to scream but terror takes the sound before you make it…


“You start to freeze as horror looks you right between the eyes,”


You're paralyzed.”

 

(Refrain)

 

Cause this is thriller, thriller night.”

And no one’s gonna save you from the beast about to strike.”

You know its thriller, thriller night.”

You’re fighting for your life inside a killer, thriller tonight

 

Tout en secouant la tête au rythme de la voix de Michaël Jackson, sortant des deux baffles de cinquante watts, poussés presque au maximum, Patrice, quatorze ans, fait courir ses doigts sur le clavier de son ordinateur pour franchir le niveau quatre de son jeu vidéo de guerre préféré.

Mais c’est devenu trop facile, il le connaît par cœur. Depuis Noël il a eu largement le temps de l'explorer. Il n’a plus de secret pour lui à présent. Il va profiter de sa réussite au brevet des collèges, ce dont il ne doute pas, pour s’en faire offrir un nouveau.

Mais en dehors du jeu, il doit mener un autre combat, plus difficile celui-là, contre la chaleur qui l’assaille par grosses bouffées. Depuis deux semaines, le soleil écrase la ville de ses rayons de feu. C’est une véritable fournaise. Pas un souffle d’air, les rideaux restent obstinément immobiles. Patrice lutte pour ne pas suffoquer sous l’agression de cet air surchauffé.

Malgré ses efforts, il doit battre en retraite. Dans la cuisine, il sort du réfrigérateur une bouteille de soda light. La bouteille se vide aussi vite qu’un oued en Afrique du Nord.

Assis, ou plus exactement avachi sur la chaise, il n’a pas le courage de remonter dans sa chambre.

Quelle chaleur, c’est dingue !

Tout en laissant son esprit divaguer sur les différentes formules de manifestation de plainte contre cette chaleur, son regard s’arrête sur la porte qui conduit à la cave.

La cave.

Le mot déclenche en lui une réflexion :

Cave = sous-terre ; sous-terre = fraîcheur.

C’est aussi simple que cela. Pourquoi n’y a-t-il pas pensé plutôt ? La voilà, la solution. Déjà, rien que le mot fraîcheur le remplit d’aise.

Comme beaucoup de maisons anciennes, la maison familiale possède un sous-sol, ou plus exactement une salle basse, voûtée en berceau brisé, en position de cave à la suite d’un exhaussement du sol et une cuisine arrière donnant sur un jardin intérieur. Ce type de cave n’est pas sans rappeler ce qu’on appelait au XIXsiècle des tanières de poitrinaires. Elles servaient de logements de fortune à des pauvres hères ou à des domestiques. Il descend avec précaution dans cet endroit qu’il ne connaît pas, en fait. C’est un monde inconnu, dans la mesure où, la maison, pour lui, se résume à la cuisine, la salle à manger et surtout sa chambre. Le reste…

Un air rafraîchi l’accueille. Une myriade de particules de poussière danse une sarabande dans les étroits rais de lumière provenant de deux soupiraux.

Le plafond lambrissé y est bas, c’est pour cela qu’on l’appelle la cave. Il est constitué d’une ossature de grosses poutres, portant sur des pierres saillantes ou corbeaux et de solives apparentes espacées, dont les intervalles sont habillés de lattes, de plâtre et de gypse introduits dans les interstices.

Au sol, il ne reste presque plus rien du pavement de terre émaillée d’origine. Aujourd’hui, pour mieux combattre le froid venu du sol, des nattes le recouvrent. Pour l’heure, avec trente-quatre degrés à l’extérieur, ce n’est pas un problème.

Quel foutoir là-dedans ! Et dire qu’on me casse les pieds pour que ma chambre soit toujours rangée. Tous les mêmes, c’est toujours « fait c'que j'dis… ».

Bon, c’est le bazar, mais au moins, il y fait bon, c’est déjà ça. Il faut que j’aménage un peu ce fourbi, sinon ça ne va pas le faire.

Il réussit à dégager une vieille table de camping qui a connu des jours bien meilleurs.

Voilà, reste plus qu’à trouver un siège, puis, j'irai chercher mon baladeur, et de quoi boire.

Son regard est alors attiré par ce qui semble être une pile d’albums de bandes dessinées. Il s’approche, dépoussière le dessus de la pile et la couverture d’un numéro de « La famille Fenouillard » apparaît.

Ça existait déjà les B.D… Elles sont très bizarres, se dit-il, après avoir parcouru deux ou trois numéros.

Sous une série de numéros, il découvre plusieurs journaux d’apparence ancienne. Il en cherche la date : 1914.

Ouah ! Supercool.

Il déplie le premier journal et lit la une :

 

LE MATIN

L’Allemagne déclare la guerre à la France.

Les premiers actes d’hostilité.

 

Il en prend un deuxième ;

 

LE PETIT COURRIER

 

M. JAURÈS a été assassiné dans un café.

L’assassin a été arrêté.

LA SITUATION DEVIENT GRAVE.

 

Un décret met l’Allemagne en état de guerre.

Le tsar de son côté ordonne la mobilisation générale des armées de terre et de mer.

Puis un troisième ;

 

LE PATRIOTE

 

L’Allemagne déclare la guerre à la Belgique.

Enthousiasme patriotique sans précédent.

 

Un quatrième ;

 

LE XXSIÈCLE

 

L’Allemagne a déclaré la guerre à la France.

Elle a notifié à la Belgique qu’elle est obligée de passer par son territoire même de force.

 

Il arrête là sa lecture, car il avise un vieux cartable d’écolier. Il lui faut faire quelques efforts pour parvenir à le dégager, car il est coincé derrière un coffre.

Ça doit être le cartable du father. Voyons un peu ce qu’il y a là-dedans. On va voir s’il bossait aussi bien qu’il le dit.

En imitant la voix et la posture de son père, il déclame :

« Moi, tu comprends à ton âge », bla, bla, bla… À mon avis, pour le cacher aussi bien, c’est que ça ne doit pas être aussi géant.

Quand il parvient à extirper le cartable, il l’ouvre avec une certaine délectation, sûr d’y trouver de quoi faire enrager son père. Une petite revanche, sur les réflexions concernant son travail scolaire, endurées depuis quelques années, en quelque sorte.

Mais il est déçu.

Le cartable ne lui livre que de vieilles photos sur lesquelles, il ne reconnaît personne. D’autres encore, où des hommes en uniformes sourient au photographe.

Ah, il y a autre chose au fond. Un cahier. Cool. Ça, c’est à lui…

Il le prend avec précaution. À sa grande surprise, sur la couverture il est écrit :

 

Journal de guerre.

 

Pierre D. 1914-1922.

 

Ce cahier n’appartient pas à son père. Un peu déçu, il l’ouvre et découvre une photo légendée collée à la première page.