Wissous, une ville, un nom


                                                                                                                           WISSOUS, UN BLASON, UN NOM, UNE VILLE.

            Les armes de Wissous: D'azur aux trois fleurs de lys d'or, au champagne cousu de gueules chargées de six épis de blé passés en trois sautoirs mal ordonnés, soutenus chacun d'une roue dentée engrenée. Le tout aussi d'or.
La commune s'est en outre dotée d'un logotype, voulu comme plus moderne par la mairie, qui reprend les trois symboles : la fleur de lys qui représente la région d'Île-de-France, l'épi de blé pour l'activité agricole et le boulon pour l'activité économique.



LE SITE DE LA VILLE

             La ville de Wissous est une commune située à 21 kms de Versailles et à 16 kms au sud de Paris dans le département de la Seine et Oise (78) jusqu’en 1967, puis dans celui de l’Essonne (91), officiellement créée le 1er janvier 1968.
Les armes de l’Essonne se blasonnent : d’azur à la bande ondée d’argent, accompagnée en chef d’un besant éclatant de dix-huit rais chargés de vingt-trois besants de taille très inférieure et en pointe d’un semé de fleurs de lys, le tout d’or.
Le semé de fleurs de lys d’or sur fond d’azur est reprit de la région et ancienne province d’Île-de-France dont dépend le département, la bande ondée d’argent symbolise le cours de la Seine et le besant éclatant au rais chargées de besants évoque un atome pour rappeler l’importance de la recherche, notamment nucléaire, avec la présence des sites du commissariat à l'énergie atomique de Saclay et Bruyères-le-Châtel, du Génopole à Évry et du Synchrotron soleil à Saint-Aubin. Ce blason est notamment présent sur l'écusson des uniformes des sapeurs-pompiers du département.
L’Essonne prononcer [esɔn] est un département français situé au sud de Paris, dans la région Île-de-France, totalement intégré à l’agglomération parisienne, qui tire son nom de la rivière l’Essonne dont le cours traverse le territoire selon un axe sud-nord jusqu’à la confluence avec la Seine. Il couvre un territoire de mille huit cent quatre kilomètres carrés occupé en 2008 par 1 205 850 habitants, son chef-lieu est installé à Évry. Ses habitants sont appelés les Essonniens.
Le territoire de Wissous fait partie de la plaine de Longboyau dans l’Hurepoix. Situé entre la vallée de la Seine, au nord et à l’est, de l’Orge et de l’Yvette au sud, de la Bièvre à l’ouest, cette plaine a une altitude assez constante pour qu’on l’ait appelé « la plate forme de 90 mètres ».
C’est une table de calcaire de Brie, autrefois recouverte d’une épaisse couche de sable de Fontainebleau que l’érosion fluviale a fait disparaître presque entièrement. Il n’en subsiste que quelques buttes, les plus importantes étant la butte de Champlan (136 m), point culminant de Wissous situé à la limite de Massy et de Chilly-Mazarin et celle du Tartre (101m).
Le point le plus bas de la ville (52m) est la prairie du moulin de Sainte-Joie, au pied du coteau de Montjean.
Les rivières et les ruisseaux ont fait apparaître des argiles vertes, marnes marines, des marnes blanches contenant du gypse en fer de lance de bonne qualité, mais en trop petite quantité pour que l’on puisse l’extraire et faire la renommée de notre ville.
Le plateau est entaillé par des petites vallées. La mise à jour des couches imperméables de marnes et d’argiles à déterminé la naissance d’une ligne de source sur les versants et c’est la nappe des argiles vertes qui alimente les puits et les ruisseaux de Wissous.
Celui des Jumeaux coule d'est en ouest de Rungis à Fresnes, il contourne le coteau de Montjean où il prend le nom de l’ancien moulin de Sainte-Joie qu’il faisait tourner jadis.
Il se jette dans la Bièvre après un parcours de 2400 mètres. Il reçoit deux rus qui coulent selon un axe sud-nord, le « ruisseau de la Fontaine » qui a un parcours de 2000 mètres souterrain qui alimente les lavoirs et l’abreuvoir, et « le ruisseau de Morvilliers » qui a un trajet de 700 mètres.


UN NOM

          
Ville-Sous, Huissous, Huilt-Soulz au Moyen-âge, Wisolz en 1548, Wyssobs vers 1576, Vuisobz vers 1600, Huissous en 1630, Vuisoubz en 1666, Vuissoubs fin du 17e siècle, Vuuissous en 1721, Vuissou en 1737, Uissous en 1740, Vissous en 1757, voila quelques exemples d’orthographe du nom de cette ville.
Avant tout il convient de rappeler que les noms des villes pour la grande majorité des cas viennent de fort loin dans le temps, d’époques différentes, de gens différents dans leur interprétation des choses, des lieux, des langues, etc.
L’orthographe du nom de Wissous déroute dans la mesure où les noms des villes comportant un « W » sont rares en France et dans la région de l’Ile de France.
Tous ces éléments nous donnent des indices divers, souvent obscurs, voire opaques. L’espace et le temps s’interposent entre les interprétations des fondateurs du nom et notre compréhension.
De ce fait, la recherche de l’origine d’un nom est une entreprise ardue. C’est un peu comme une enquête policière : il y a des indices, laissés parfois par des enquêteurs précédents et il y a des pistes.
Actuellement, comme indices, nous avons les timides tentatives d’analyse de l’Abbé Ph. Vareigne, ancien curé de la ville de 1945 à 1950, qu’il conclut sans pouvoir apporter vraiment d’explications.
Il est vrai que trouver l’origine du nom de notre ville n’est pas facile, car Wissous n’a pas dans son histoire la présence d’un fondateur célèbre, ni de fleuve important, aucune route ancienne, pas de situation stratégique qui aurait de ce fait inscrit Wissous plus facilement dans l’histoire.
Wissous s’est et se trouve toujours en dehors des grands axes de communications, ce qui en fait une ville discrète et son charme d’aujourd’hui. Ne dit-on pas que c’est « une ville à la campagne ».
Il semblerait que cette situation ne durera plus très longtemps.
Il apparait que les différents individus ayant habité ce site au cours des âges l’ont tous appelé en fonction d’une particularité de la commune : L’EAU.
Heureusement, il y a l’archéologie pour nous fournir des pistes. Et là, par chance, Wissous possède des vestiges archéologiques qui vont nous aider à comprendre l’origine de son nom, ainsi que son rapport avec l’eau.

             Certaines personnes ont d’abord pensé que l’origine du nom de la ville proviendrait de « Villa Ceresis », parce qu’on aurait édifié sur cette commune un temple en l’honneur de Cérès, la déesse romaine des moissons, d'après le nom de la déesse grecque appelée ΔÞμητρα (Déméter).
Cette explication est aujourd’hui complètement abandonnée, car rien ne prouve l’existence de ce temple, ni les écrits, ni l’archéologie et d’autre part Cérès fut très peu honorée en Gaule.
Cette théorie est apparue au XVIIe siècle.
Certains l’ont même expliqué par la présence de cerisiers ?
Tout ceci ne repose sur rien de tangible.
L’appellation la plus sérieuse, la plus probante, et la plus ancienne est « Vicus Suevorum », c'est-à-dire « Le village des Suèves ».
Après la chute de l’Empire romain, il y eut une période dite des « Grandes Invasions » à partir du IIIe siècle de notre ère. Ses « invasions » ne furent pas ses hordes déferlantes détruisant tout sur leur passage, semant la mort et la désolation, comme il fut souvent écrit.
Il faut nuancer ce tableau.
Ce fut plus, en fait, des « migrations de peuples » plus qu’une vaste invasion.
Certes, dans cet ensemble, certaines tribus furent belliqueuses et violentes, mais dans l’ensemble elles représentaient un déplacement humain de tous âges et des deux sexes variant de 25 à 80 000 unités. Ce fut un phénomène assez complexe dont on ignore vraiment toute les spécificités.
De ce que nous savons, c’est que ces tribus s’installèrent sur les terres confisquées aux Romains ou qu’ils trouvèrent inoccupées. Ils se constituèrent des royaumes et firent de la Gaule, un espace politiquement « Barbare », soit au sens romain du terme à l’époque, des royaumes « étrangers », à savoir « ceux qui ne vivent pas comme un romain ».
En tout, ils représentent environ 5% de la population de l’ancien Empire. Au début, Germains et Romains (Gallo-Romains) vivent séparés, ils gardent leur langue et leurs coutumes. Mais, peu à peu, ils se mélangent et forment de nouveaux royaumes.
Maitres des terres, ces barbares laisseront, donc de fortes empreintes toponymiques.
Dans ce grand remue-ménage, une tribu germanique nous intéresse plus particulièrement, les Suèves, en latin, Suevi ou Suebi.
Ce peuple germanique établi d’abord à l’Est de l’Elbe et comprenant plusieurs groupes (Marcomans, Quades, Semmans). Ils émigrent au Ier siècle vers le Sud-ouest et tentent de rentrer en Gaule. Ils sont repoussés par César en 58 av J.C.
Il s’installa entre le Rhin et le Danube, dans la Souabe actuelle, à laquelle, il donna son nom et qui s’étend du Jura à la Bavière.
Ces Suèves sont toutefois assez nombreux pour imposer leur langue comme en Alsace ou en Lorraine, régions qui nous intéressent particulièrement pour l’origine du nom de la ville de Wissous.
Lors des « Grandes Invasions », certains Suèves partirent pour la péninsule ibérique (Espagne actuelle), en 409, en passant par le sud de Paris. Il est pratiquement certain qu’un certains nombres se sont implantés sur le territoire de la commune, laissant le plus gros du contingent poursuivre leur périple jusqu’en Ibérie. Ils fonderont les bases du futur Portugal.
Les Suèves arrivent également vers 409, s'établissent en Gallaecia et y fondent un royaume. Ils se heurteront aux Vandales (428-429). Le roi Herméric prête serment à Rome. Très vite, ils essaient de s'étendre, trouvant face à eux les Wisigoths en 418, mais réussissant à s'imposer au détriment des Alains. C'est un peuple rural et autonome ne se mêlant pas aux Romains.
Ils prennent Braga comme capitale et se convertissent au christianisme une première fois en 448 grâce à l'évêque Martin de Braga. Le nord du Portugal devient dès cette époque un pôle religieux important. Rechiaire est le premier roi européen chrétien à frapper sa propre monnaie. Devant la puissance des Wisigoths, les Suèves tentent une alliance avec eux en 449. Mais, poursuivant leur stratégie expansionniste, ils subissent une défaite définitive face aux Wisigoths en 456. Le royaume suève est divisé puis réunifié en 464. C'est durant cette période de lutte entre royaumes suèves que Conimbriga est détruite. Les Suèves se convertissent à l'arianisme en 466 avant de revenir au catholicisme en 550.



LE ROYAUME DES SUEVES (Futur Portugal)

               Les Gallo-Romains, quant à eux, appelaient toujours ce village « Vicus Suevorum ».
On peut donc raisonnablement penser que si l’appellation de « Vicus Suevorum » était celle donnée et utilisée par les Gallo-Romains, les Suèves n’avaient aucune raison de l’appeler ainsi. Ce qui laisserait à penser que cet endroit ne portait pas de nom particulier avant puisqu’il n’y avait rien de particulier….sauf les sources, très importantes pour les Romains.
Après l’effondrement de l’Empire romain, les royaumes Barbares imposent leurs coutumes, leurs lois et bien sur aussi leur langue. Les Suèves lui donnèrent le nom de « Wiesesoultz », ou « Wissoultz ».
Si les tribus conservaient leur propre langue vernaculaire, le latin restait en usage et devait même servir de langue commune aux différentes tribus pour se comprendre, au niveau des instances officielles.
Après recherches, on trouve Wissous avec eu une autre dénomination, qui serait « Vice Dorum », soit en langue vulgaire « Viceoz », évoquant un pluriel de « Vicus ». On se rend compte que le terme de « Vicus » a rarement été utilisé en Ile de France. Pourtant, Il est quand même à l’origine du nom de la ville de « Vicq » (78), que l’on trouve mentionné en 1228, dans l’expression « Apud Vicum ».
Les formes les plus anciennes de ce nom étant Gallo-Romaines, donc latines :
• Viceorium
• Vizeorium
• Vicedorum
• Villedorum
Analysons ces deux dénominations.

L’origine gallo-romaine :

           Le préfixe « Vice », en latin, signifie « A la porte de », « pour » et le suffixe « Rium » qui signifie « Réservoir », mais « Vice » peut également se traduire par « Vicus », c'est-à-dire « Village ».
Avec le suffixe « Dorum » que l’on doit comprendre comme étant « Doron », nous avons « Plat de la main », ce qui rappelle bien la géographie des lieux, à savoir le point le plus bas de la ville de Wissous.
Ainsi, nous avons comme traduction du nom d’origine gallo-romaine, donc latine : « Le village du réservoir ».

L’origine Suève :



         Nom à consonance germanique, comme l’origine de la plupart des tribus barbares, ce qui explique l’originalité et la rareté du nom de la ville de Wissous.
Ce terme apparait déjà dés 667. Le germanique originel « Sulja » remonte au paléo-Européen « Sal » à la fois avec le sens de « Jaillissement » et de « Source ».
Les Suèves, eux, lui donnèrent le nom de « Wiesesoultz », ou « Wissoultz ».
En effet, le préfixe « Wiss », « Wiesse » ou « Wieb » veut dire « Prairie ». En latin, sans le « W » les « Vuis », « Vuy », « Vis » ou « Huis » ont également le même sens de « Porte » « Ouverture ».
Le suffixe « Soultz » ou « Soubz » est encore plus facile à expliquer. Là aussi, il nous faut nous tourner vers la langue Suève et Alsacienne (même origine).
« Soultz » vient de « Baki », c'est-à-dire ruisseau et traduit en allemand par « Bach » est qui veut dire…. « Source ».
On peut donc traduire le nom par : « La porte des sources ».

Quoi qu'il en soit, on retrouve dans le nom de la ville, aussi dans l’appellation d’origine latine que celle d’origine Suève, la même signification.

          C’est au VIe siècle que la langue latine se corrompit de plus en plus et forma le Roman. La langue latine, était, toutefois, encore la langue utilisée par les Gaulois au début du VIIIe siècle, mais ce n’est plus qu’un latin barbare et corrompu, tel qu’on le voit dans les écrits de Grégoire de Tours et dans ceux de quelques autres auteurs. Cette langue devint inconnue du peuple sous Pépin le Bref. Elle s’éteignit entièrement, en tant que langue populaire, avec la première l’arrivée de nos rois, pour devenir, uniquement, la langue des lettrés. Au Xème siècle, le Roman devient la langue commune au peuple.
Au Moyen Âge, des fouilles ont également démontré la présence d'une population à l'époque mérovingienne et carolingienne, mais aussi le probable regroupement des différents foyers de populations vers des lieux uniques.
Ceci peut expliquer les nombreuses formes d’orthographe du nom de la ville, par exemple :
• Huipsousbs
• Huissoubs
• Huilt-Soulz
• Huissous
• Huict-Sous
• Huit-Sous
• Huissous
• Vuissoubs
• Vuissous
• Vissouls
• Vuissou
• Vuissoulx
• Vuissoubs
• Villesous
• Vuyssols
Puis aux temps modernes avec le retour du w dans notre alphabet :
• Wissols
• Wissoubs
• Wissoubz
• Wissouls
• Vissous
• Wyssobs
• Wisolz
• Wissous.
D’abord, il faut rappeler que l’orthographe n’était pas fixée, on écrit donc, quand on le sait, de manière phonétique, sans dédaigner, parfois les jeux de mots, que l’on adore faire au Moyen-âge, par exemple pour la ville de Sannois, dite de « Cent Noix ».

             Comment expliquer de l’orthographe du nom de la ville avec un « V », un « W » ou encore un « H » ?
Il semble établi qu’à partir du XIIIe siècle, la lettre « W » disparait des graphies des noms français. Le célèbre chroniqueur Froissart, qui était Picard, écrit encore à la fin du XIVe siècle dans ses chroniques « Wason » pour « Gazon », motte de terre, mais c’est une des dernières attestations de l’écriture de la lettre « W » dans les écrits français.
Le « W » survivra cependant comme on l’a dit dans les langues et la littérature picarde, mais aussi Wallonne, Alsacienne, et Lorraine.
La lettre « W » n’était pas d’une utilisation générale en France. Considérée par l’Église comme une lettre « barbare », apportée par ces peuples étrangers et païens, la lettre n’est pas utilisée, d’ailleurs à Paris qui donne le ton linguistique, on va plus loin en interdisant son utilisation.
Or, si cette lettre est ignorée, du moins, on fait semblant, elle ne le fut jamais dans le Nord et dans l’Est du domaine de la langue d'oïl.
On constate que cette lettre fut remplacée par la lettre latine « 8 », crée par les Français pour les langues amérindiennes à partie d’une ligature grecque.
La ligature « 8 » et « W » ne sont qu’une et même chose. Le « 8 » et le « W » représentaient le même son « ou » bref. Les deux lettres ont la même forme et la même origine.
On pourrait très bien écrire le mot « oui » de cette manière ; « 8i », comme on pourrait écrire « 8endat », comme l’écrivaient les Jésuites plutôt que comme l’écrivaient les Indiens Hurons pour se désigner eux-mêmes, à savoir : « Wendat ».
Nous avons d’autres exemples de ville avec la même particularité, comme la ville de « Wissant », prononcé « Huitssant » ou encore la ville de « Wy dit joli-village », dans le 95, qui doit se prononcer « Huit ».
Le fait que les Jésuites aient utilisés le « 8 » au lieu du « W » est un indice que la lettre « W » n’était déjà plus considérée comme une « lettre française » à cette époque.
Maintenant, dire quand cette lettre est redevenue « française » à part entière, il est très difficile de le dire.
Si l’on consulte un dictionnaire, on retrouve la lettre « W » vers 1771 avec le « Wormien », 1775 avec le mot « Waterproof », puis en 1803 avec le mot « Wombat »,1806 avec le mot « Wallonne » et en 1812 avec le mot « Talweg ».
Des documents historiques confirment, ce que Victor Hugo dénonçait, à savoir que l’on enseignait l’alphabet français à 25 lettres, tout en n’ignorant pas que cette lettre existait en ancien français.

Quoi qu'il en soit, on retrouve dans le nom de la ville, aussi dans l’appellation Gallo-Romaine que Suève, la même signification.
Ainsi Wissous signifierait : « LE VILLAGE DE LA SOURCE » ou « LA PORTE DE LA SOURCE
».

Ce nom est-il en rapport avec la réalité?

                 Nous avons dit que ceux qui ont habité ce site au cours des âges l’aient tous appelé en fonction d’une particularité de la commune : L’EAU.
Cette interprétation est loin d’être sans fondement. La présence de sources explique notamment l'installation humaine à la fin de la Préhistoire et au début de l’Antiquité. Des fouilles sur le territoire de la commune ont notamment révélé au nord-est de Wissous des traces d'habitats datant de la période de l'Âge du bronze final et du Premier âge du fer, mais aussi aux périodes gauloises et gallo-romaines.
La ville de Lutèce a été pourvue d’aqueducs qui l’alimentaient en eau de source. L’eau de la Seine étant de qualité très médiocre à cette époque. Or les Romains étaient très attentifs à la qualité de l’eau qu’ils buvaient. Ils jugèrent donc utile de faire drainer au loin une eau plus pure et construire des aqueducs pour l’amenait dans la ville de Lutèce. Au Sud, leur choix se porta sur la plaine de Longboyau où une multitude de petites sources se forment au niveau des marnes vertes, comme nous l’avons dit plus haut.
Ce drainage du plateau entre Morangis, Chilly et Wissous est tracé avec une intelligence et une habileté toute romaine.
Comme l’on peut se rendre compte, l’eau présente un intérêt capital pour les Romains.
La dénomination usuelle de cet aqueduc, dont il reste des traces archéologiques sur la commune de Wissous, est l’aqueduc d’Arcueil, du nom d’une des communes situées sur son parcours. Mais ce nom est dû, en fait, à une erreur historique d’attribution des captations.
Elle a néanmoins été conservée pour la différencier de deux autres ouvrages hydrauliques postérieurs alimentant la capitale à partir du Sud qui traversent tous deux la vallée de la Bièvre, au même endroit :
• L’aqueduc de Rungis dit « Médicis », construit au début du XVIIe siècle.
• L’aqueduc de la Vanne dit « Belgrand », construit à la fin du XIXe siècle.
Au fil du temps et de la littérature consacrée à cet aqueduc d’Arcueil, on trouve aussi la dénomination d’« Arcueil-Cachan » ou d’« Aqueduc de Wissous », cette dernière étant la dénomination la plus correcte, mais la moins employée, bien que faisant référence à la position géographique du bassin collecteur.
Cet aqueduc, construit au Ier siècle ou au début du IIe siècle, utilise le relief de la vallée de la Bièvre pour conduire par gravité, vers Lutèce, l’eau captée autour d’une dépression creusée par le ru de Rugis (vallon de Montjean) « dit rigole de Rungis », la petite rigole de Wissous et la grande rigole de Wissous. Cette dernière constituant la tête de la canalisation principale vers Lutèce, à l’origine, le bassin ne compatit qu’une rigole de captation, la grande rigole de Wissous. Les eaux de différentes sources étaient réunies dans un bassin collecteur, qui centralisait différentes rigoles d’eau de sources proches de Rungis, Chilly-Mazarin et Wissous. Renommé à sa découverte « carré des eaux gallo-romaines », situé dans cette dépression sur la commune de Wissous, ce bassin collecteur de Wissous ne semble pas avoir retenu toute l’attention qu’il méritait.
Il se présente comme un ouvrage carré construit en petit appareil, enduit entièrement de mortier de chaux et de tuileaux. Sur chaque côté pénètre une conduite provenant des trois rus. En 1903, il a fait l’objet d’une nouvelle fouille. Sa situation exacte sur le plan cadastral se trouve sur le versant de gauche du vallon de Montjean, dans la parcelle n° 470, section D du cadastre de Wissous. Malgré la demande de classement de cet ouvrage, le bassin fut remblayé.
Il était alimenté par des rigoles de captation s’étendant jusqu’à plus d’un kilomètre.
À partir de ce bassin, les eaux coulaient jusqu’à Lutèce, le long des coteaux de la Bièvre dans une canalisation enterrée à fleur de sol, longue de 16 kilomètres, ce qui correspond bien à la distance qui sépare Wissous de Paris et pénètre dans Lutèce par l’actuelle rue St Jacques.
Les thermes de l'Est et de Cluny à Lutèce étaient alimentés par cet aqueduc de Wissous.




Qu’en conclure ?

           Force est de constater que la présence de nombreuses sources, d’un bassin collecteur sur le territoire de notre commune a très certainement déterminé son appellation, après l’effondrement de l’Empire Romain.
Il est surprenant, toutefois, que la commune n’est pas eu plus de renommée dans la mesure où l’alimentation en eau pure dans un cadre urbain est un problème fondamental, aussi bien par le passé qu’aujourd’hui.
L’augmentation d’une population, réunie dans un cadre restreint, détermine des besoins accrus en eau, d’où l’importance du contrôle des zones de sources. De ce fait, Wissous aurait du laisser plus de traces dans l’histoire de l’Ile de France.
Est- ce que l’utilisation et l’entretien de ces sources et de cet aqueduc étaient impossible aux successeurs des Romains ?
La qualité de l’eau était-elle moins importante pour eux ?
Quoi qu'il en soit, la ville est « tombée » dans l’oubli de l’histoire. Bien qu’elle est conservée au fil des temps, son nom lié à ses richesses aquifères. Richesse que l’on peut encore constater dans les lacets du bois de Montjean certains jours.


                                                                                                                                                       © JOËL MEYNIEL 2015